Auteurs
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Sarah Dejaegher

FC Member - JEF Europe
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Traduit par Vincent Carriou

Etudiant à Sciences Po Lille
Mots-clés
Le mythe d’Europe a inspiré beaucoup d’artistes, d’écrivains, d’historiens et d’hommes politiques à travers les siècles : ils donnèrent son nom a un continent et offrirent des œuvres d’art présentant Zeus et Europe faisant l’amour.
Europe et Zeus : une histoire d’amour pas vraiment shakespearienne
Mais commençons par nous remémorer la version la plus commune de cette vieille légende. Selon la mythologie grecque, une jeune Phénicienne nommée « Europe » attira un jour l’intérêt de Zeus, chef de l’Olympe. Dés la vue d’Europe, Zeus se serait épris de sa beauté et de sa grâce, et aurait immédiatement mis en œuvre un plan très habile. Pour éviter de déclencher la haine de sa jalouse femme Hera et pouvoir frayer son chemin jusqu’à la jeune fille, Zeus décida de se métamorphoser en un ravissant taureau blanc.

Alors que la jeune fille cueillait des fleurs, elle aperçut le taureau et, fascinée par ses flancs charmants et son tendre comportement, le caressa avant de monter sur son dos. Zeus saisit cette opportunité pour enlever Europe et nager jusqu’en Crète, où il lui révéla sa véritable identité avant de la violer, celle-ci tombant enceinte. Europe mit ainsi au monde Minos, qui allait devenir roi de Crète.
Les valeurs cardinales de l’Europe et le comportement de Zeus : peu compatibles
Le mythe n’est pas un symbole officiel de l’UE, au contraire du drapeau, de l’hymne ou de la devise. Cependant, le mythe fondateur d’Europe et du taureau a fait l’objet de nombreuses références, et peut être considéré comme un symbole quasi-officiel voire une personnification supranationale de la région européenne.
Une fois rappelée la réalité du mythe, son importance dans le cadre de l’UE semble quelque peu illogique. On pourrait penser Certains que le seul nom d’Europe a fait son succès. Le terme « Europe » fut utilisé par les anciens Grecs pour définir l’aire géographique à l’ouest et au nord de la Grèce, et plus tard pour l’intégralité du territoire qui séparait l’Afrique, alors connu comme la Libye, et l’Asie, du détroit de Gibraltar à celui du Bosphore.
Mais on ignore pourquoi les Grecs ont donné ce nom au continent tout entier, en mémoire de l’une des conquêtes de Zeus. De nombreuses versions circulent, proposées par les chercheurs, parfois aussi peu convaincante que celle-ci : Zeus et Europe nagèrent de l’actuel Liban et de la Syrie jusqu’à l’île qui se trouve la plus à l’Est de la Crète, traçant le contour du continent européen. Quoi qu’il en soit, la coïncidence initiale entre le nom d’Europe et une région de la Grèce ne suffit pas pour expliquer ce succès.

Une raison plus profonde permet d’expliquer l’omniprésence du mythe au sein de l’UE, même si sa signification l’UE relève encore un peu plus du mystère : le viol d’Europe ne fait-il pas figure d’histoire étrange pour symboliser l’UE ? Comment l’histoire d’une Phénicienne enlevée contre son gré et sexuellement abusée par un dieu sans scrupules peut-elle faire être le symbole d’un projet de paix, de prospérité et de liberté tel celui de l’intégration volontaire de différentes nations au sein de l’UE ? Pour tenter de répondre, il s’agit de prendre en compte une certaine marge laissée à l’interprétation.
La quête d’un mythe fondateur
Pour saisir la valeur du mythe du taureau, il faut d’abord comprendre ce qu’est un mythe : une allégorie, un mode de représentation figuré qui contenant un sens différent de celui que l’on peut lire de prime abord. Le mythe communique son message par différents degrés de symbolisme. De plus, un mythe doit avoir la capacité de survivre aux siècles, prendre de l’importance et évoluer ainsi qu’agir comme vecteur d’inspiration. Lorsqu’il est lié à un paysage, comme c’est souvent le cas, il doit pouvoir transmettre plusieurs aperçus et degrés de connaissances de ce même paysage.
Le mythe d’Europe et du taureau épouse ces critères concernant l’Europe : il s’agit d’une figure à la fois importante et attirante de l’Europe qui se réinvente en tant qu’UE. Il semble avoir fonctionné lors des siècles et avec les cultures précédentes de la même manière qu’il est actuellement redécouvert et réactualisé à notre époque actuelle. C’est d’ailleurs ce que les Grecs firent avec leur monnaie : le kidnapping mythique est là pour symboliser l’Europe contemporaine. Les images figurant sur les pièces de monnaie ne sont pas choisies au hasard, mais font figure d’emblèmes pour le pays qui décide d’en frapper la monnaie.

L’euro a été introduit en 2002 et marque la transition qui s’est opérée vers une nouvelle Europe. En cette période de changement, l’image se trouvant sur la monnaie grecque est là pour apporter l’assurance de la continuité : la nouvelle Europe est aussi l’ancienne Europe, avec sa très ancienne tradition qui remonte à la Grèce ancienne. Observant ces pièces il semble difficile de ne pas s’étonner quant aux similarités des iconographies. Sa fonction non plus n’a pas changé : elle est toujours utilisée, telle qu’à l’époque, afin de symboliser une région.
Le mythe a été mis en avant non seulement par la Grèce, mais aussi au sein de l’UE en des moments importants de l’histoire européenne. Il faut constater, à cet égard, que l’image est bien plus répandue que le mythe lui-même, et semble avoir plus d’importance que l’histoire de ce mythe. Ceci pour de bonnes raisons, puisque dès lors que l’on se remémore l’histoire la même question reste en suspend : quelle importance et quel symbole pour l’UE ? Dans le cadre de la mythologie, un message est davantage construit par ceux qui le reçoivent que par ceux qui l’envoient. Le dieu taureau ferait-il figure de Président de l’UE, arrachant la déesse Europe afin de l’amener vers l’unification à la fois économique et culturelle (non désirée) ? Europe est-elle une victime naïve et passive ou bien une aventurière qui prend le taureau par les cornes et suit sa destiné en direction de l’horizon ? Le taureau est-il le symbole d’un monde désespérément amoureux de la merveilleuse Europe ? Peut-être. Cela dépend simplement de qui lit le mythe et de son attitude à l’égard de l’UE.



























Vos commentaires
1. 26 juillet 2011 06:51, par Martina Latina
Merci d’avoir tenté une approche nouvelle et actuelle, synthétique et jeune, de surcroît brillamment illustrée, du mythe d’Europe dans l’Europe des crises et des remous. Précisément et comme j’ai souvent eu l’occasion de le dire au TAURILLON qui a choisi de s’inscrire par son nom dans le sillage de cette légende à la fois invraisemblable et fondatrice, non seulement EUROPE a dessiné par son itinéraire et surtout par la quête qu’elle aurait suscitée dans son entourage familial en Phénicie, « le contour du continent européen », mais de plus son enlèvement résume et préfigure la trajectoire révolutionnaire des inventions phéniciennes ; car la première civilisation européenne, appelée minoenne a posteriori, est bien née en Crète, donc à l’avant-poste de la future Europe, des échanges méditerranéens dont les Phéniciens demeurent les moteurs et les promoteurs, avec le génie qui leur a permis de mettre au point les deux moyens de communication toujours en action depuis trois millénaires : les techniques nautiques et l’art alphabétique.
C’est ainsi qu’un mythe donne forme et force à l’évolution historique, surtout quand on sait que le taureau peut figurer le spectaculaire essor des premières embarcations hauturières et se rattache en tout cas au premier signe de l’alphabet, dont l’origine, graphique autant que sémantique, est entièrement sémitique, puisque en égyptien comme en hébreu le taureau se dit aleph, que des mineurs phéniciens du XVe siècle avant notre ère ont fait éclore l’archaïque tracé de l’alphabet au contact des hiéroglyphes égyptiens, sur des tables de pierre déchiffrées voilà cent ans à peine dans le Sinaï, et que les Grecs ont adopté ce code d’écriture, en l’ancrant sur alpha qui allait donner notre a - et même notre @, en même temps que la figure d’Europe : or ces prototypes ont été mis au point et à notre disposition ultérieure par les mêmes Phéniciens, pour qui le nom d’Europe signifiait, selon un culte solaire modulé dans tout le monde alors connu, le point où s’évanouit le jour, donc CREPUSCULE, avant de basculer lors de son entrée en terre hellénique et d’être interprété par les Grecs comme VASTE-VUE. Ce mythe se conforme donc à la vocation des légendes tutélaires et pourrait être selon votre article « la personnification supranationale de la région Europe » ; mais l’enlèvement qu’il retrace garde sa force dynamique dans l’apprivoisement trois fois millénaire et réciproque, tour à tour fécond et passionné, entre les forces tantôt monstrueuses, tantôt célestes, et la douceur humaine, entre la peur et l’audace, entre le désir et la générosité, entre l’aventure et la création, entre la rencontre et la paix, entre l’union et la diversité, entre la jeunesse et la tradition, entre l’art et le dialogue, entre l’énergie et la fédération, entre la liberté et la solidarité, entre la culture et la nature - bref, entre l’intelligence et la démocratie…
2. 19 mars 2012 19:08, par Pr Stéphane Feye
Tout en félicitant l’auteur, je tiens à signaler l’existence d’un des plus grands mythologues du monde, trop peu connu aujourd’hui : Michael Maier, auteur de « Les Arcanes très secrets » 1614, édité récemment en traduction française chez Beya Éditions (Belgique).
Toute la symbolique de la mythologie y est magistralement évoquée, avec preuves à l’appui et une quantité incroyable de citations d’auteurs anciens.
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