
La gestion financière de la présidence française du Conseil de l’Union européenne est sujette à polémique. Des « dérives », des « erreurs » et des dysfonctionnements : voilà ce que Philippe Séguin pointe du doigt. C’est l’organisation du sommet de Paris de l’Union pour la Méditerranée en juillet 2008 qui suscite le plus de surprises quant aux coûts des aménagements.
Philippe Séguin tente d’éteindre la polémique en utilisant des arguments plus ou moins efficaces. Quoi de mieux que de taper sur l’Europe ? Extraits de l’émission :
- Michel Grossiord : « Qui est responsable alors ? »
- Philippe Séguin : « Alors on peut tout dire, on peut dire par exemple que c’est l’Europe qui s’est invitée dans le processus de l’Union pour la Méditerranée et qui a fait augmenter le nombre de participants aux dîner, aux réunions, etc. »
- Michel Grossiord : « ce ne sont pas des responsables politique français… »
- Philippe Séguin : « on peut dire que c’était la précipitation. Mais la précipitation, on va nous dire que c’était pour des raisons politiques. On était contraint, etc. Il n’en demeure pas moins qu’on s’est mis dans une situation dans laquelle il ne faut surtout pas se mettre c’est à dire l’impossibilité de faire appel à la concurrence. On aurait pu avoir les mêmes prestations pour disons un tiers moins cher. »
Voici la vidéo (de 4’47 à 5’28) de l’entretien sur Europe 1 :
Séguin : la présidence française de l’UE a "improvisé"
envoyé par Europe1fr. - L’actualité du moment en vidéo.
Un mensonge sciemment dit ?
Le sourire de Philippe Séguin lors de cet échange prouve que cela doit lui rappeler ses grandes heures médiatiques. Lorsqu’il était le leader du Non pour le référendum sur le traité de Maastricht en 1992. L’actuel président de la Cour des Comptes est un nationaliste qui ne s’est jamais caché. Alors quand au détour d’une phrase, il peut critiquer l’Europe…
Pour autant, il serait utile de lui rappeler que ce n’est pas l’Union européenne qui s’est invitée toute seule. Le projet porté par Henri Guaino avait déjà du plomb dans l’aile. En effet, l’initiative unilatérale de créer une union de tous les pays méditerranéens - sans en parler à ses partenaires (et notamment l’Allemagne) et en incluant une seule partie de l’UE - était très mal perçue par la Commission et toutes les capitales européennes. C’est au dernier moment que Nicolas Sarkozy a pris conscience de l’incident diplomatique qui était entrain de se créer et qu’il a remis l’Union européenne au centre du jeu.
Au passage, le président de la République a bien su utiliser la présidence française pour donner encore plus de sens à ce sommet si difficile à organiser. Alors pourquoi venir taper sur l’Europe qui n’a rien demandé pour le coup ?
Carton rouge aux relents nationalistes de Philippe Séguin
Ce n’est pas une surprise de voir Philippe Séguin taper sur l’Europe. Mais son poste de président de la Cour des comptes devrait l’amener à tourner sa langue plusieurs fois dans sa bouche avant de parler. Ce qu’il a fait d’ailleurs très facilement pour botter en touche sur d’autres questions sur son ancien partenaire Charles Pasqua. Dans ces cas-là, facile de dire qu’il a un devoir de réserve. Pour le prestige de la France en Europe, il devrait s’appliquer ce même principe sur les sujets européens.
Ce dérapage sur l’Europe n’était d’ailleurs pas le seul sur Europe 1 dans cette tranche horaire puisque Marc-Olivier Fogiel lançait un sujet sur le futur « président de l’Europe ». La présidence de l’Union européenne n’existe pas, même avec le traité de Lisbonne créant un poste de président du Conseil européen. Cette précision est importante puisque ce président ne pourra s’exprimer que sur les sujets où l’unanimité sera trouvée par les chefs d’États et de gouvernements.
Mais entre une erreur (il n’est pas le seul, le 20h de France 2 et le Petit Journal de Canal + le font aussi) et un mensonge sciemment dit, le carton rouge est accordé à Philippe Séguin haut la main.


