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Pour un Service civil européen

Afin de faire bénéficier tous les jeunes d’une expérience à l’étranger.

, par Florent Banfi

Depuis le succès du film « l’Auberge espagnole », les étudiants ne rêvent que d’une chose : partir en ERASMUS... Ces semestres d’études à l’étranger dans une autre université représentent pour des jeunes de 20 ans une expérience internationale très enrichissante et extrêmement plaisante.

Auteurs

  • Membre du bureau de l’UEF France. Ancien membre du bureau exécutif de la JEF Europe.

Vivre dans un autre pays, découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles façons de concevoir les études et les relations humaines : grâce à l’Europe tous ces aspects sont aujourd’hui présents dans la tête d’étudiants qui ne sont pourtant encore sans doute jamais « sortis de leur trou ».

Mais la réalité est bien différente : tous les étudiants ne partent pas en ERASMUS. Les raisons peuvent en être multiples : soit leurs études ne le leur permettent pas, soit ils n’ont pas les moyens financiers (malgré l’aide des bourses...), soit ils ne maîtrisent aucune langue étrangère suffisamment bien pour suivre des cours à l’étranger pendant tout un semestre.

Ainsi, le rêve de l’ ’’auberge espagnole’’, s’il est peut-être effectivement le rêve de tous, n’est -en fait- une réalité que pour une certaine ’’élite’’ numériquement relativement restreinte.

La nécessité de nous faire nous rencontrer

Pourtant, le besoin d’Europe existe chez les jeunes : vivre ailleurs, comprendre l’autre, penser autrement qu’en termes nationaux. L’Union Européenne a créé une communauté de 450 millions de personnes mais elle est caractérisée par une méconnaissance frappante entre ses membres.

La nécessité d’augmenter la communication sur l’Europe existe, mais les politiques demeurent muets. Deux référendum négatifs avec des argumentations aussi ridicules que mensongères, des nationalismes de plus en plus populaires grâce à la peur de l’étranger : il faudrait être aveugle pour croire qu’il n’y a pas de problème. Il faut donc agir, et agir vite.

Or, quelle meilleure communication sur l’Europe pour les jeunes qu’une expérience humaine vécue dans un pays étranger ? Après une expérience hors de nos frontières nationales, qui aurait alors encore peur du plombier polonais, de l’ouvrier portugais... ?

Si l’Europe n’entre pas dans la vie des gens, que ce soit les gens qui aillent à l’Europe

L’objectif n’est donc pas de faire du bourrage de crâne pro-européen, mais simplement de révéler une réalité qui est tout autre que celle qui est présentée par les médias ou par nos hommes politiques nationaux...

Or, la réalité européenne semble être aujourd’hui un secret bien caché. Comme si ces détenteurs ne voulaient pas le partager avec autrui sous prétexte qu’autrui n’en n’aurait pas besoin. Alors quand je vois l’étendue du travail à accomplir, je pense qu’il faut oser.

Ainsi, si nous voulons résoudre ces problèmes de ’’non communication’’ entre européens et toutes les conséquences négatives qui en découlent, on se dit qu’il faudrait que TOUS les jeunes de 20/25 ans puissent participer à une expérience à l’étranger. Et que chaque citoyen européen (qu’il soit étudiant, chômeur ou actif...) ait la possibilité de partir à l’étranger (en Europe ou en dehors).

Démultiplier les occasions de nous rencontrer...

A l’origine, l’Europe de Bruxelles s’est construite par le rapprochement de nos hommes politiques. Et il est temps de, pareillement, multiplier les contacts physiques entre les jeunes afin qu’ils découvrent et se familiarisent avec leurs homologues. Et ce, dans un contexte culturel différent du leur.

Et comment le faire sinon en instaurant un service civil européen (SCE) obligatoire ? Ce « Service civil européen » n’aurait pas la connotation nationaliste d’un service militaire et ses domaines d’application seraient plus vastes.

Et l’aspect obligatoire en garantirait l’accès à tous, quelle que soit la condition financière ou le niveau d’études et de formation de chacun. Cette idée d’un service civil obligatoire semble séduisante car elle répond au problème posé : faire bénéficier tous les jeunes d’une expérience à l’étranger.

Les difficultés de la mise en oeuvre

Sur le papier, tout est toujours facile. Mais l’UE ne possède pas aujourd’hui la légitimité politique suffisante pour imposer la création d’un tel SCE.

En effet, l’annonce d’un SCE obligatoire aurait pour conséquence de rendre l’Europe encore plus impopulaire qu’elle ne l’est déjà aujourd’hui. Et la création d’un tel dispositif se transformerait alors en une contrainte venant des « bureaucrates de Bruxelles » au lieu d’être positivement perçue comme une opportunité nouvelle.

Nous devons donc nous résigner à revoir à la baisse nos objectifs innitiaux : le SCE ne résoudra jamais, à lui tout seul, le problème de communication de l’UE et ses conséquences. En tout cas, pas aujourd’hui.

Un service civil européen volontaire ? Pourquoi faire ?

Autant il est très facile de concevoir un échange d’étudiants entre deux universités, autant il devient beaucoup plus ardu d’imaginer ce qu’un non étudiant, non bilingue de surcroît pourrait bien faire durant 6 mois à l’étranger dans un cadre non militaire.

Ce pourquoi, si nous voulons vraiment proposer un service civil accessible à tous à défaut d’être obligatoire, il faut donc que le contenu de ce service civil soit tout particulièrement adapté aux jeunes.

Il ne s’agirait donc pas, à première vue, d’en faire un autre « programme ERASMUS » qui lui, serait réservé à une partie infime de la population. Ou alors, si jamais cela était le cas, il serait alors pertinent d’en faire bénéficier une tranche de la population qui n’a précisément pas facilement accès au programme ERASMUS.

Le programme ERASMUS et le SCE deviendraient alors deux outils complémentaires. Mais quel peut être le contenu d’un tel SCE ?

Mettre en cohérence besoins personnels et projets européens

Si le SCE répond bien à un besoin des jeunes, encore faut-il qu’il réponde à un besoin de l’UE autre que celui d’être un seul outil marketing de communication. Il ne s’agit pas de transformer non plus le SCE en ’’vacances’’ payées par l’UE.

Par chance, aujourd’hui, l’Union européenne est bombardée de projets qui n’aboutissent jamais faute de moyens. Des projets où des moyens humains sont nécessaires : corps civils d’interventions, humanitaire... En voilà, des occupations pour nos futurs SCE !!!

Certains de ces projets demandent plus ou moins de qualification et la durée probable d’un service civil (entre 6 mois et 2 ans) ne permet pas de former des gens à des métiers nécessitant une grande expertise. (Puisque je vois mal un jeune ne parlant que français et ne sachant pas dans quel sens on démonte un robinet d’eau, apprendre en 6 mois à stopper des feux de forêts dans le sud de l’Espagne...).

Les missions doivent donc, par conséquent, être très variées pour permettre au plus grand nombre de bénéficier de cette initiative. Une attention toute particulière devant être portée aux personnes sans qualifications qui auraient le plus besoin de cet outil.

Un service civil européen volontaire ? D’accord, mais comment le financer ?

Maintenant que nous avons défini le type de missions relevant du SCE, il nous reste à examiner le problème du financement d’un tel programme.

Le budget actuel de l’Union européenne ne permet pas de créer un dispositif répondant au cahier des charges développé ci-dessus (à savoir : révéler une réalité ’européenne’’ dépassant le seul point de vue national, tout en répondant à des besoins de l’UE...).

Mais la remise à plat du budget communautaire, en 2008 ou 2009, permettrait qu’une telle mesure existe dans les années suivantes.

La mise en place d’un SCE n’est pas chose facile. Et pour augmenter nos possibilités de le voir s’insérer dans le prochain budget communautaire, nous devons donc être pragmatiques et miser sur la simplicité.

Un projet concret à mettre en place, horizon 2009.

Les besoins de SCE existent bien, tant au niveau européen (corps civils, corps de sécurité civile, etc.) qu’aux différents niveaux nationaux. Mais la multiplication des interlocuteurs et parties prenantes d’une telle organisation augmente singulièrement la complexité de la mise en oeuvre d’un tel projet.

C’est pourquoi il serait préférable, dans un premier temps, de rester dans un cadre strictement communautaire. Afin que le projet soit, par la suite, plus facilement réalisable.

Ainsi, si la version ’’réaliste’’ et probablement à venir du SCE reste encore très loin de nos souhaits initiaux, le SCE n’en demeure pas moins un projet concret correspondant à un besoin pour la construction européenne.

Les échéances européennes de 2008/2009 (début de la négociation du budget communautaire pour l’exercice financier 2013-2020 et prochaines élections parlementaires européennes) seront certainement capitales pour l’avenir d’un tel projet.

A nous de prendre, donc, les choses en main pour affiner ce projet. Afin qu’il soit prêt pour passer le grand oral...

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P.-S.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article a été tiré du site flickr.

Vos commentaires

  • Le 15 septembre 2006 à 17:31, par Frédéric B En réponse à : volontaire, c’est déjà un début !

    Je vous remercie d’enrichir le débat avec votre contribution, dans un contexte marqué par la proposition peu inspirée d’un service civil obligatoire français.

  • Le 17 novembre 2006 à 14:13, par ade En réponse à : Pour un Service civil européen

    je n’ai pas trés bien compris : peu t on alors aujourd’hui bénéficier d’un service civil européen ?

  • Le 1er décembre 2006 à 10:41, par Bal En réponse à : Pour un Service civil européen

    Cela fait plus d’un mois que j’ai porté un projet trés similaire au votre à des responsables socialistes. Sans me vanter, j’ai une proposition encore plus forte, chifrée, je souhaiterais la transmettre à Mr Florent Banfi. Je n’ai pas l’ADSL, pouvez vous me transmettre votre email pour que je vous envoit mes 110 pages format word ?

  • Le 1er décembre 2006 à 12:14, par Ronan Blaise En réponse à : Pour un Service civil européen

    Comme pour toutes vos doléances, demandes de précisions et complèments d’infos (et autres suggestions...) à propos des parutions effectuées dans ce webzine, vous pouvez nous écrire en utilisant l’adresse internet suivante :

    taurillon@jeunes-europeens.org

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