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Présidence française, une occasion manquée de revigorer la PAC ?

La présidence française voulait préparer a PAC « aux défis de demain ». Qu’en est-il aujourd’hui, alors que la présidence touche à sa fin ?

, par Marion Lalisse

La France est traditionnellement opposée aux grandes réformes de la PAC que réclame notamment la Grande Bretagne. En effet, le budget de la PAC s’élève à 43% du budget de l’UE en 2008, dont environ 20% revient à la France. Les adhésions de 2004 et 2007 ont changé la donne et accentué le besoin de réforme de la PAC car l’agriculture des pays d’Europe Centrale et Orientale rend bancale une politique agricole tournée vers l’Europe de l’ouest.

Auteurs

  • Diplômée du Collège d’Europe et docteur en médecine vétérinaire- Ancienne chargée de projets à la Commission européenne

L’agriculture, une priorité de la présidence

La présidence française de l’UE, de juillet à décembre 2008 était l’occasion rêvée pour la France d’entamer un débat sur la PAC, avant que l’attention ne soit focalisée sur les perspectives financières de 2013-2020. En février 2008, au salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé ses ambitions de mettre à profit la présidence pour engager une refonte de la PAC.

Le programme de la présidence française stipulait parmi ses axes de travail, en quatrième point, le bilan de santé et l’avenir de la PAC après les questions relatives à la migration, à l’Europe de la défense et à l’énergie et au développement durable. Il s’agissait pour la France de poursuivre le travail entamé par la présidence slovène, travail qui aurait été achevé par la présidence tchèque dans le cadre de la troïka. La France devait s’appuyer sur les conclusions du conseil agricole du 17 mars 2008. De plus, la Commission avait publié en 2007 une communication sur le bilan de santé de la PAC à mi-parcours qui devait structurer les actions de la présidence en la matière.

Des priorités bousculées par le contexte

L’agenda de la réunion informelle des ministres de l’agriculture à Annecy en septembre 2008 donne un aperçu des préoccupations européennes : sécurité sanitaire, santé des animaux et protection des végétaux. Mais c’était sans compter les événements de l’été et de l’automne 2008. La présidence française a dû revoir ses ambitions. Tout d’abord, la guerre en Ossétie du sud a poussé la France à recentrer ses efforts sur la géopolitique du Caucase et sur les relations entre l’UE et la Russie.

Le contexte de crise alimentaire a également modifié la donne. Sur fond de crise alimentaire, l’attention des consommateurs européens, centrée sur des questions sanitaires et environnementales, s’est alors portée sur les prix des denrées alimentaires et sur des questions d’approvisionnements. Les sirènes du libéralisme venant de pays comme la Grande-Bretagne ou le Danemark ont fait place à des propos plus protectionnistes, en particulier suite à la crise financière de l’automne 2008.

La réforme de la PAC était jugée indispensable pour se conformer aux réglementations de l’OMC mais la crise financière amène de nombreux pays à réfléchir à un repli sur eux-mêmes et pousse à envisager l’auto approvisionnement. En ce dernier mois de présidence française, le nouveau scandale de dioxine dans le porc irlandais finit de paralyser les velléités françaises de débats en profondeur sur l’avenir de la PAC.

Obtention d’un fragile compromis

On ne peut cependant pas dire que la présidence française ait été infructueuse dans le domaine agricole : le bilan de santé de la PAC, présenté le 20 mai 2008, a été adopté le 19 et 20 novembre par les ministres de l’agriculture des 27, grâce, en partie, aux efforts de négociation de la présidence française. Les négociations du 20 novembre ont bien abouti à un compromis entre le Royaume-Uni le Danemark et la Suède, partisans d’abaisser subventions et garde-fous au maximum et la France, l’Espagne et l’Italie, partisans de l’autonomie alimentaire et du maintien des aides actuelles.

Les discussions de novembre sur le bilan de santé de la PAC ont confirmé la suppression des quotas laitiers après 2014. D’ici-là, les quotas seront maintenus et augmenteront annuellement de 1%. De plus, le bilan de santé entérine le principe d’augmenter la modulation qui devrait passer de 5% à 10% (transfert de fonds entre le budget des aides directes et celui du développement rural).

Certains agriculteurs comme les français manifestent leur mécontentement face aux mesures prises comme la suppression des quotas laitiers ou le découplage des aides. A terme, ils considèrent que la libéralisation des marchés signifie l’incertitude et l’exposition aux aléas de mauvaises années. La présidence française n’aura donc pas porté de coup d’arrêt à la tendance actuelle : l’agriculture européenne doit continuer à s’adapter au marché pour en respecter les principes de bases que sont l’offre et la demande.

La commissaire à l’agriculture, Mariann Fischer Boel est néanmoins contrainte de composer avec les positions françaises, espagnoles et italiennes qui revendiquent des filets de sécurité pour leurs agriculteurs. Enfin, le contexte de crise économique pourrait amener certains pays à nuancer leurs propos libéraux, d’autant plus que l’année 2008 a été marquée par des mesures américaines de soutien à leur agriculture, mesures en complet désaccord avec ce que préconise l’OMC.

La présidence française aura échoué sur un point, celui de convaincre une UE à 27 de maintenir une PAC ambitieuse après 2013. Certains parlent déjà de renationaliser la politique agricole, bien que la PAC soit, avec l’Union Économique et Monétaire (UEM) les domaines où l’intégration communautaire est la plus poussée.

Si elle veut à l’avenir une politique agricole ambitieuse, la France devra composer avec les pays libéraux de l’UE, les nouveaux états membres mais également les pays en voie de développement pour qui la PAC est parfois une menace pour leur développement économique. Espérons que la présidence tchèque saura réaliser les projets inachevés des français, pour préparer la PAC post-2013, sans pour autant céder aux tendances isolationnistes ambiantes et sans oublier les promesses faites aux pays en voie de développement.

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P.-S.

Illustration :

- Service presse de la Commission européenne : Champ de blé après la moisson, 2001

Vos commentaires

  • 18 décembre 2008  16:56, par Jean-Jo

    Nicolas Sarkozy est un élu urbain (ceci n’est pas une critique), d’ailleurs c’est le premier président de la Vème République qui n’a pas eu de mandat local dans une zone rurale.

    L’avantage, à priori : il est plus libre de ses choix politiques (même si les membres de la FNSEA constituent un électorat stable pour l’UMP).

    L’inconvénient, à priori : l’agriculture ne fait pas partie de ses thèmes privilégiés=> d’ailleurs les sujets de discussion qui sont privilégiés concernent la sécurité alimentaire plutôt qu’une réelle orientation de la politique agricole commune (à moins que la sécurité alimentaire devienne l’orientation principale de la PAC avec le développement rural).

    A mon avis, la réforme de la PAC ne peut pas venir d’un Etat membre fortement bénéficiaire de celle-ci, ni d’un Etat membre hostile à la PAC=> donc c’est à la Commission d’avancer des solutions fortes.

    La Commission européenne, sensée proposer une vision sur le long terme de la PAC faisant l’unanimité, ne semble pas en mesure de le faire . Une unanimité d’autant plus difficile à réunir que la réforme de la PAC se trouve liée aux négociations menées au sein de l’OMC (l’Union étant représentée par M Mandelson, dont l’opinion politique est teintée d’un libéralisme à l’anglaise, c’est à dire considérant l’agriculture comme une industrie comme une autre), ainsi qu’à la pression de nombreux Etats de réduire la part de la PAC dans le budget de l’UE.

    Tant que la Commission ne proposera pas un programme d’ensemble de la PAC sur plusieurs années avec l’engagement de ne pas sans cesse revenir sur le sujet, notamment lors des orientations budgétaires, la PAC se trouvera constamment modifiée à la marge sans solution satisfaisante.

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