La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

, par Jean-Baptiste Kastel

La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

C’est une présidence historique qui attend le pays, le président du gouvernement, José Luís Rodríguez Zapatero, a la ferme intention de donner un « élan résolu à la construction de l’Europe » sous la Présidence semestrielle espagnole, qui coïncide dans le temps avec la « nouvelle étape ».

Cette importance est liée au fait que l’Espagne est le 1er pays prenant la présidence soumis aux règles du dernier traité « modernisant » l’Union Européenne, ainsi les relations dans le « Conseil bicéphale » durant cette présidence serviront de modèles pour la suite symbolisant la nouvelle pratique institutionnelle. C’est ici le flou de Lisbonne qui pourra être dévoilé, les relations entre les nouvelles figures de la politique européenne et les institutions dans l’avenir, puisque celles-ci ainsi que les méthodes de travail sont encore à construire entre la Présidence tournante, le nouveau Président du Conseil européen et la ministre des affaires étrangères.

La mise en œuvre du traité de Lisbonne

La mise en œuvre du traité fut clairement affichée comme l’un des enjeux principaux de la présidence espagnole. Même si ce dernier est entré en vigueur le 1er janvier 2010 de nombreux aspects restent à définir ainsi qu’un nombre important de ses dispositions restent encore inappliquées. Herman Van Rompuy est intervenu pour la première fois lors du Conseil européen extraordinaire de février dédié à la situation économique. La présidence tournante présidera les réunions des formations du Conseil de l’Union (Conseil des ministres de l’environnement ou de la santé par exemple). La nomination tardive de la nouvelle Commission en février 2010 réduira la marge manœuvre de la présidence déjà bien entamée en janvier.

La Haute Représentante Catherine Ashton, sera investie en même temps que les commissaires et le Service d’action extérieure de l’Union se mettra en place et devrait être opérationnel dès avril 2010. Cette mesure doit être encouragée et permettra de faire face aux récentes critiques. L’Union disposera d’un service amélioré pour déployer efficacement ses relations extérieures comme pour appliquer la politique collectivement arrêtée par les États membres en s’exprimant d’une seule voix sur la scène internationale. Quant aux prérogatives des ministres des affaires étrangères des États de l’Union, elles sont aujourd’hui différentes puisque Lady Ashton est le primus inter pares, le premier entre les égaux, tandis que les différents ministres des affaires étrangères forment un groupe destiné à l’appuyer.

Les objectifs de la nouvelle troïka

L’Espagne après avoir subit douloureusement la crise ne peut qu’envisager une politique tournée vers la relance et l’emploi. Le pays assume la présidence dans une période économique difficile pour elle-même et pour ses partenaires européens souffrant d’un taux de chômage très élevé, 18.7 %, la moyenne européenne étant de 9.1 (la France est actuellement à 9.9 ). Une politique de relance est envisagée et l’Union devrait suivre cette ligne jusque juin 2011.

Depuis début janvier les pays de la nouvelle Troïka pour éviter les ruptures de style entre chacune des trois présidences, l’Espagne (janvier-juin 2010), la Belgique (juillet-décembre 2010) et la Hongrie (janvier-juin 2011), coordonneront leurs programmes et proposeront un calendrier commun et cohérent. Madrid souligne que les trois pays formeront "pour la première fois une présidence en équipe dans laquelle ils travailleront conjointement pour faire face aux défis de l’Europe actuelle".

Pour mettre en place une politique économique ordonnée les pays auront pour mission mettre en place la stratégie Europe 2020 remplaçant la stratégie de Lisbonne. La stratégie proposée par la Présidence espagnole, destinée à lutter contre la crise économique et à encourager la mise en place de nouvelles politiques coordonnées afin de garantir la reprise et de s’acheminer vers une croissance durable et la création d’emploi, a reçu le soutien de ses partenaires européens et des institutions de l’UE. L’objectif est de favoriser une croissance plus verte et ouverte au plus grand nombre et se focalisera sur la consolidation de la sortie de crise, la prévention d’une crise similaire à l’avenir, l’économie de la connaissance, l’inclusion sociale et une économie compétitive, connectée et plus verte.

De plus les européens disposeront bientôt d’un nouveau moyen pour inciter la Commission à agir sur des questions qui les concernent : l’initiative citoyenne est une nouvelle forme de participation à l’élaboration des politiques de l’Union européenne. Elle permet à des citoyens européens, au nombre d’un million au moins, et ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, d’appeler directement la Commission à soumettre une proposition sur des questions présentant pour eux un intérêt et couvertes par les domaines de compétence de l’UE. Initiative encourageante, mais non suffisante.

L’Europe et le monde : tournée vers l’Amérique latine ?

L’Espagne va puiser dans ses meilleurs partenaires économiques outre atlantique pour tenter de relancer l’Europe dans le monde. C’est avec les relations avec l’Amérique latine que l’Espagne peut vraiment apporter une contribution. Notamment en parvenant à un accord politique et commercial avec le Mercosur. Elle possède déjà l’appui du Portugal et de la Commission européenne pour obtenir que de nouveaux marchés s’ouvrent aux pays européens. Un sommet UE / ALC (Amérique Latine-Caraïbes) aura lieu, en mai 2010 à Madrid. Il est certain que l’intérêt de l’UE envers la région a bel et bien perdu de sa vigueur mais l’Union pourrait aussi y trouver des avantages. Et c’est pour cela qu’il ne faut pas sous-estimer cette véritable valeur ajoutée qu’est la relation spéciale de l’Espagne avec ses partenaires historiques.

Rappelant que l’Union fut « le plus grand moteur de démocratisation de l’histoire » du continent (et spécifiquement pour son pays), le gouvernement espagnol estime qu’il devra « être à la hauteur des nouveaux défis » attendant l’Union, verdict en juin 2010.

Illustration : logo du trio des présidences tournantes de l’Espagne, de la Belgique et de la Hongrie

Source : site de la présidence espagnole du Conseil de l’UE 2010

Vos commentaires

  • Le 12 février 2010 à 06:28, par Martina Latina En réponse à : La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

    Voilà bien ce dont l’Europe a besoin : L’INSPIRATION qui saura rendre à l’Europe ce qu’elle doit à la figure d’EUROPE surgie de l’autre côté du bassin méditerranéen sur l’animal emblématique de l’Espagne, de l’histoire millénaire, et dynamique par excellence

    puisqu’il enleva la jeune Phénicienne, par-delà l’inconnu, la distance et la peur, pour la faire accoster à l’avant-pont de la Grèce et de la démocratie, en Crète où elle offrit aux Européens sur le point de naître de ces dons l’art nautique et l’alphabet précisément symbolisés par... ce TAURILLON. Bon vent donc à l’Espagne, à l’application du traité de Lisbonne, à la Troïka et à l’action des eurocitoyens !

  • Le 12 février 2010 à 07:24, par Valéry En réponse à : La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

    Je m’étonne de l’absence de critique dans cet article. Les débuts de la présidence espagnole du Conseil ont pourtant montré que loin de vouloir aider à la mise en place des nouvelles institutions le gouvernement espagnol s’efforce au contraire de la saboter en continuant des pratiques antérieures. C’est plutôt un carton rouge qu’il faudrait rédiger à son propos me semble-t-il.

  • Le 12 février 2010 à 08:50, par Kastel Jean-Baptiste En réponse à : La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

    Cet article ne possède pas pour but principal d’être critique, en attente depuis plusieurs semaines celui ci doit tout simplement évoquer les objectifs de la présidence en exercice depuis janvier vu qu’aucun article dans le Taurillon ne fut publié précisément sur ce thème. ( Mais je prends en note votre opinion, fort juste, et promets la rédaction d’un article plus, engagé, à la fin de cette présidence ! )

  • Le 12 février 2010 à 10:19, par Fabien Cazenave En réponse à : La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

    On voit bien au travers de la présidence espagnole, que ce type de présidence tournante est l’occasion pour les nationalistes de ces pays de mettre en avant l’importance de leur pays. La coordination proposée à trois pays ne propose d’ailleurs en rien de vraies solutions. Premièrement parce qu’elle ne peuvent pas proposer de choses trop concrètes avant de les soumettre au bon vouloir des autres Etats. Deuxièmement parce que la durée d’une mini-présidence tournante est trop courte. Normalement, la durée du président du Conseil européen sera un avantage pour lui, mais quand un pays a besoin de se sentir en avant sur la scène européenne, il ne pourra pas y faire grand chose.

    C’est le cas notamment avec la présence diplomatique espagnole vis-à-vis d’Obama alors qu’il n’y a pas plus de raisons que cela qu’elle le fasse maintenant.

  • Le 12 février 2010 à 10:30, par Cédric En réponse à : La présidence espagnole : une nouvelle inspiration pour le pays

    Mais y a-t-il une solution pour mettre fin à la gesticulation des présidences tournantes ? (Gesticulation inutile au demeurant, comme l’a prouvé la présidence française, qui n’a pas fortement redoré le blason de Sarko, ni celui de l’Europe).

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