Un parti historiquement faible aux élections européennes mais qui vise la percée en 2014
Si le Front national est définitivement apparu en France aux cours des élections européennes de 1984 (élections au cours desquelles il a fait plus de 11% des suffrages exprimés), il a depuis fait des scores bien plus modestes à ces élections. En réalité il n’a jamais dépassé ce score de 11% lors des élections européennes suivantes. A la dernière élection européenne en date, celle de 2009, il y a fait un modeste 6,3%.
Ce faible score aux différentes élections européennes s’explique aisément, l’électorat sensible au vote Front national a été pendant près de 20 ans un électorat non pas d’adhésion mais un électorat avant tout contestataire qui se concentrait sur une élection, en particulier l’élection présidentielle, et n’était finalement que peu adepte des théories européennes du Front national. Cela a changé, il est clair que l’électorat Front national s’est fidélisé et vote volontiers Front national non plus uniquement au premier tour des présidentielles par volonté de signifier un ras le bol, mais à de plus en plus de scrutins et dans le but de porter le Front national au pouvoir.
Les élections européennes de 2014 interviennent dans un contexte on ne peut plus favorable au Front national. Depuis 2007, les français ont expérimenté une politique de l’UMP et une autre du PS et pour nombre d’entre eux, ces deux politiques sont synonymes d’échec. Le FN quant à lui n’est pas affecté par l’usure du pouvoir vu qu’il n’y a jamais touché et représente de fait un parti du changement, un parti antisystème comme il se plait à se qualifier. On peut légitimement penser que les électeurs proches du FN se mobiliseront en masse aux municipales et peut être même aux européennes, cette double élection sera à la fois un test pour le pouvoir de mobilisation du FN et un tremplin potentiel pour 2017.
De plus le FN a un projet pour les européennes, ce que les partis modérés n’ont pas. Le FN veut détruire la construction européenne et se retirer de l’euro. Les partis modérés, que ce soit l’UMP ou le PS n’ont quant à eux pas de vision claire du projet européen qu’ils veulent promouvoir. Ces deux partis hésitent entre fédéralisme et inter-gouvernementalisme (tout en penchant pour le second), jetant leurs électorats naturels dans la circonspection. L’UDI et le Modem, les deux partis les plus favorables au fédéralisme sont quant à eux dans des phases de restructuration et misent leur survie sur un succès assez peu probable aux européennes.
La participation : enjeu capital des européennes de 2014
Edmund Burke disait « Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des hommes de bien ». Il n’avait on ne peut plus raison, à cela près que des qualifications comme le bien ou le mal n’ont pas de place en politique. On sait qu’en France le FN représente entre 17 et 25% de la population votante. C’est aujourd’hui un pourcentage assez stable. Ce qui va faire la différence c’est la participation des français. Si comme en 2009 la participation ne dépasse pas les 40% alors l’électorat FN qui devient progressivement un électorat « toutes élections » pèsera bien plus lourd, et les élections européennes pourrait tourner à la catastrophe pour les partis modérés. En effet ceux qui vont le plus pâtir de la faible participation seront les partis dits de gouvernement dont la majorité de l’électorat est composée de gens assez en faveur de la construction européenne (sans être des fédéralistes convaincus) mais également déçus par l’absence de cap affectée à celle-ci.
La participation va être la clé non seulement du résultat des élections européennes mais également de l’avenir de l’Union européenne. Le problème de la participation n’est en effet pas franco-français et nos voisins (excepté la Belgique dont le vote y est obligatoire) souffrent également d’un faible taux de participation aux élections européennes. On peut s’attendre à une percée des partis populistes même si tous ne sont pas anti-européen (NVA belge). Plus généralement, la construction européenne ne peut plus avancer sans la légitimité d’une forte participation aux européennes, quel poids aurait un parlement mal élu vis à vis des décisions prises par les Etats et qui abiment progressivement la construction européenne (baisse du budget de l’Union européenne) ?
Seul un projet européen peut sauver la participation
Le manque de cap est la pire chose qui pouvait arriver à la construction européenne. Les citoyens ont besoin de lisibilité dans l’avenir, ils sont totalement découragées par une politique qui pendant 50 ans a hésité entre fédéralisme et inter-gouvernementalisme et qui a finalement tranché ce débat en se bornant à naviguer à vue pour les vingt prochaines années. L’idée d’une constitution a été renvoyée aux calendes grecques, l’idée même d’une révision de traités pour clarifier le fonctionnement de l’Union a été rejetée après les élections européennes.
Les grands partis nationaux, notamment français, se désintéressent de l’Union européenne, thème aujourd’hui tabou et qualifié d’anxiogène. Il s’agit au PS comme à l’UMP de parler le moins possible d’Europe et de se concentrer sur des thèmes strictement nationaux. Le problème est donc éminemment stratégique. Pour les hommes politiques de l’UMP comme du PS mieux vaut sacrifier une élection pour un parlement lointain et se focaliser sur des élections municipales perçues comme bien plus importantes. De ce fait, ils n’ont prévu aucun programme clair pour les élections européennes, aucunes idées fortes à défendre.
Alors oui, il ne faut pas se leurrer, le FN risque de ressortir gagnant de cette élection européenne, non pas parce que son programme est populaire en France (il ne recueille que l’adhésion d’un votant sur cinq en gros) mais parce que les partis de gouvernements sont entrain par leur inaction de sacrifier l’élection européenne pour essayer de sauver les municipales, on peut légitimement craindre qu’ils perdront la première sans sauver la seconde.
1. Le 23 septembre 2013 à 13:56, par GIRAUD jean-guy
En réponse à : Le FN sera-t-il le seul gagnant des européennes ?
Diagnostic exact - mais tardif.
Cette situation était prévisible depuis au moins deux ans (et annoncée par l’UEF).
Les forces associatives pro-européennes peuvent encore jouer un rôle utile en décrivant clairement leur vision COMMUNE de l’avenir de l’Europe et les réformes nécessaires sur cette voie.
Par exemple une Convention européenne en 2015.
Mais le temps presse et on ne voit guère les choses bouger . JGG
2. Le 23 septembre 2013 à 14:10, par Pierre-Antoine Klethi
En réponse à : Le FN sera-t-il le seul gagnant des européennes ?
Le cas de la percée du FN pourrait bien être un problème français partagé par peu d’autres pays de l’UE... A lire : http://blogs.lse.ac.uk/europpblog/2013/08/22/contrary-to-popular-opinion-europe-has-not-seen-a-rise-in-far-right-support-since-the-start-of-the-crisis/
3. Le 23 septembre 2013 à 20:13, par Arnaud HUC
En réponse à : Le FN sera-t-il le seul gagnant des européennes ?
Ce que tu dis est vrai Pierre-Antoine, si les populismes augmentent globalement (et encore à des vitesses très différentes selon les pays) tous ne sont pas anti-européens. On ne peut pas mettre dans le même sac les régionalismes Espagnols ou flamands, l’extrême droite néerlandaise, le populisme de gouvernement hongrois ou encore le néo-fascisme grec.
De plus, les pays du Nord sont globalement plus épargnés par le phénomène que les pays méditerranéens.
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