Trente ans après l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne

, par Nessim Znaïen

Trente ans après l'intégration de la Turquie dans l'Union européenne

Bruxelles, 2053. La communauté turque n’en croit pas ses yeux. Le doyen du Parlement européen, Laurent Wauzquiez, procède à l’élection d’Emin Erdogun, Président de la Commission européenne. Que de chemin parcouru depuis l’adhésion de la Turquie en 2022, et même depuis les années 2000, où en France, partisans et adversaires de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne débattaient vivement. A l’époque en France, seule une poignée d’hommes politiques, Jacques Chirac, Michel Rocard et quelques membres des Verts étaient favorables à cette adhésion.

L’adhésion de 2022 : rechercher des alliés face à la crise énergétique

C’est une crise énergétique mondiale qui a précipité les choses, au moment où le prix du baril de pétrole augmentait chaque mois. Au bord de l’asphyxie financière et à la recherche d’alliés dans la grande bataille du pétrole, l’Union européenne avait dû se tourner vers la Turquie.

Pas seulement parce que la Turquie posséde les plus importantes ressources hydrauliques de la région. mais parce que les seules régions qui n’avaient pas encore été soumises à une exploitation pétrolière intensive étaient, certes la Sibérie et le Caucase, mais surtout des pays où l’influence turque eest notable et indispensable : Turkménistan, Kazakhstan, Azerbaïdjan.

Après 1945, 1985 ou 2008, ce fut encore une crise qui provoqua les avancées européennes les plus spectaculaires, et la Turquie n’eut pas de mal à monnayer, par une adhésion, son soutien massif à l’Union européenne. Dans les négociations, afin que les régimes d’Europe occidentale gardent la face, les Turcs reconnurent l’unité de Chypre du bout des lèvres, et le génocide arménien, provoquant la joie de certains intellectuels turcs, comme Baskin Oran, qui appellait ce geste depuis longtemps.

Suite à la vague de révolutions qui s’étaient déroulées dans le monde arabe en 2011, 2012 et 2013, le régime turc avait par ailleurs fait des concessions démocratiques dans son propre pays.

Premier bilan en 2030 : une Turquie devenue européenne

Bien sûr la question de l’adhésion de la Turquie souleva des questions institutionnelles et budgétaires. Mis dos au mur, en 2020, les Etats européens votèrent un deuxième traité de Lisbonne, où la majorité qualifiée fut étendue à tous les domaines, afin d’empêcher tout blocage de la Turquie au Conseil européen. D’autre part, afin d’encaisser le choc financier de l’adhésion de la Turquie, une taxe carbone fut votée de justesse, et le budget européen multiplié par trois.

Dans un monde où les Etats-Unis et la Chine étaient devenus des alliées objectifs et indéfectibles, l’Union européenne, réunie depuis le traité de Lisbonne de 2020, n’avait d’autre choix que de se rapprocher de la Russie et des pays méditerranéens.

En 2015, c’était l’Alliance du pacifique, contre l’Alliance de la Méditerranée qui s’était alors exprimée. L’Union européenne pût, grâce à son rapprochement avec la Turquie, bénéficier d’une capacité d’intervention au Proche Orient, et d’un pas de plus en Asie, la Turquie ayant la deuxième armée de l’Otan derrière celle des Etats-Unis.

En 2022, l’intégration culturelle de la Turquie, ne posa guère de problèmes : quinze ans avant cette date, plus de 300 associations européennes comprenaient la Turquie, alors que le fameux Conseil de l’Europe accueillait ce pays plus de 70 ans avant son intégration. Dans un contexte économique extrêmement difficile, l’adhésion de la Turquie, présentée comme pragmatique, fut acceptée par des opinions publiques occidentales relativement réticentes. En 2010, 14 opinions publiques sur 27 étaient favorables à l’intégration de la Turquie, en 2010. Elles étaient 20 en 2020, 25 en 2025.

Le choc financier de l’adhésion fut rude dans un contexte mondial difficile, mais supporté. A la fin des années 2000, la Turquie avait un niveau de richesse comparable à la Pologne lors de son entrée dans l’Union, mais restait le 6ème client et le 12ème fournisseur de l’Union. A la fin des années 2010, le PIB de la Turquie et ses 5% de croissance annuel avait peu à peu diminué son écart avec le PIB de l’Europe occidentale, en décroissance depuis 2015.

En 2040, quand les opinions publiques occidentales approuvent

En 2038, l’adhésion de la Turquie fut pour la première fois quasiment approuvée par tous les pays d’Europe occidentale. La Turquie représentait un grand marché doté d’un potentiel d’ouverture croissant. L’Adhésion de la Turquie permettrait une amélioration de la pyramide démographique européenne, par la prise en compte d’un pays plus jeune.

Depuis le début du XXIème siècle, la Turquie comptait en moyenne 2,21 enfants par femme alors que dans certains pays de l’Union européenne, le taux de fécondité était inférieur à 1. Cette adhésion permit également, par ricochet, une plus grande coopération avec les autres pays arabes, suite à une meilleure compréhension par les pays de l’Union européenne des spécificités de ce pays d’Islam.

Enfin, on peut se souvenir que le dernier facteur de l’acceptation de la Turquie dans l’Union européenne dans les années 2040 fut la question essentielle de l’immigration. Feu Michel Rocard, décédé le 6 Janvier 2026, avait prévenu : la meilleure manière d’accélérer l’immigration turque était de limiter les investissements économiques en Turquie, et donc de faire chuter la croissance du pays.

En 2050, en dépit des dires de Marion-Maréchal Le Pen, il est acquis pour tous que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne a dans l’ensemble permis de limiter le phénomène d’immigration d’un pays en recherche d’employés qualifiés, et qui devenait même, pour certains, attractif. Qu’il est loin le temps où l’adhésion de la Turquie provoquait tant de débats...

Photo : « EU Turkey flag », Wikimedia, libre de droits

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