Coopération UE-Moldavie : une adhésion à la hauteur de la situation

, par Paul Brachet

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Coopération UE-Moldavie : une adhésion à la hauteur de la situation
Maia Sandu, Première ministre de la Moldavie, a officiellement demandé la reconnaissance de son pays comme Etat candidat à l’UE le 3 mars 2022. Crédit : Parlement européen

Ce jeudi 5 mai, le Parlement européen a eu à exprimer son ressenti quant aux relations entre l’Union européenne (UE) et la Moldavie, un Etat à l’est de l’Europe qui risque la déstabilisation par le déclenchement de la guerre en Ukraine et qui en réaction à celle-ci a demandé officiellement à devenir membre de l’UE. Ces relations sont vraisemblablement à un tournant de leur histoire.

Etat des lieux de la Moldavie de 2022 : une situation précaire, mais une générosité remarquée

Le débat parlementaire s’est ouvert par la déclaration d’une Commission européenne soucieuse de démontrer son bon vouloir et son action zélée envers la Moldavie à coup d’annonces de chiffres et de sommes passées et prévues pour aider le petit État d’Europe orientale. La commission était représentée pour l’occasion par le commissaire Olivér Várhelyi chargé de la politique de voisinage et de l’élargissement. Et l’intitulé de ce poste n’a jamais été aussi pertinent. En effet, la Moldavie fait aujourd’hui partie du Partenariat oriental, un partenariat de voisinage assurant le développement et la coopération entre l’UE et ses voisins. Le 3 mars dernier, elle a également soumis sa demande de candidature à l’Union.

La temporalité de la déclaration de candidature à l’UE n’est pas dûe au hasard. Cette demande fait partie des trois demandes expresses de candidatures déposées par l’Ukraine, la Géorgie et donc la Moldavie. Elles ont pour point commun d’être des réponses politiques et stratégiques à la menace russe, particulièrement concrète depuis l’invasion… de son voisin ukrainien le 24 février 2022.

L’invasion et le déclenchement subséquent d’une vague migratoire inédite depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ont en effet mis sous pression la « petite » République de Moldavie, déjà fragilisée par des crises antérieures. Ce ne sont pas moins de 385 000 réfugiés qui ont fui vers ce pays de près de 2,6 millions d’habitants, de quoi faire de la Moldavie « le pays qui accueille le plus de réfugiés par habitant en Europe », comme le souligne Juozas Olekas, député socialiste. Or la situation moldave était déjà précaire avant le déclenchement de la guerre, et cela pour deux raisons : une situation économique dégradée et une intégrité territoriale remise en question.

Comme l’a indiqué Adrian-Dragoş Benea, député socialiste d’origine roumaine, la situation économique de la Moldavie était, déjà avant la guerre, la plus dégradée d’Europe, faisant de la Moldavie l’Etat le plus pauvre du continent. En cause, une économie principalement « agricole et rurale » selon Susanna Ceccardi, eurodéputée membre du groupe Identité et Démocratie (extrême droite). Mais comme le souligne cette dernière, c’est bien l’indépendance de fait de la rive droite moldave du Dniestr, territoire industriel et économiquement fort, soutenue par les troupes russes qui a fait que la situation économique moldave n’a jamais pu se remettre de la crise économique des années 1990, consécutive à la chute de l’URSS. Car oui, depuis la dislocation de l’Union soviétique, le territoire russophone et industriel de Transnistrie, à l’Est de la rivière Dniestr (ou Nistru en roumain), a déclaré unilatéralement son indépendance avec le soutien actif de Moscou. Depuis la guerre meurtrière de 1992, le conflit a été gelé par la Russie qui a envoyé 1 000 soldats dans cet objectif. La Russie qui avait jusque-là gardé la mainmise sur le conflit, a permis par l’instrumentalisation de celui-ci d’étendre son influence politique et économique sur la République moldave. Récemment, des explosions ont été recensées en Transnistrie, laissant croire à certains observateurs, notamment aux députés de tout bord (ECR, PPE, S&D, Renew ou Verts) que le conflit ukrainien s’élargissait à la Moldavie, devenue pro-européenne. Bien que l’influence politique soit désormais grandement réduite d’après une large majorité de députés, l’influence économique, elle, reste encore importante notamment en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique, comme le rappelle l’eurodéputé verte Heidi Hautala. Une dépendance qui est très vite rappelée à la Moldavie lorsque cette dernière semble un peu trop se rapprocher du bloc européen. Le Commissaire Várhelyi évoque ainsi les coupures de gaz opérées par Moscou en automne dernier avant d’évoquer l’aide européenne qui en a découlé.

L’adhésion en question

Cet état des lieux a très vite été éclipsé par la question de l’adhésion, ou du moins par celle de l’attribution du statut d’Etat candidat à la Moldavie. En effet, pour nombre d’eurodéputés, l’heure n’est plus à un simple « état des lieux », mais aux actes. Pour Dacian Cioloş (Renew), les institutions européennes « doivent être à la hauteur de la situation ». Elles doivent permettre au plus vite l’intégration de la Moldavie à l’Union européenne avec « flexibilité et inventivité ». Un constat partagé par la quasi-totalité de l’hémicycle et approuvé par l’exécutif européen. En témoigne la réaction du Commissaire qui assure que la procédure « habituellement longue, de l’examen de la demande d’adhésion est en ce moment traitée de la manière la plus rapide et la plus efficace possible [par les équipes de la Commission] ».

Pour une minorité, notamment à l’extrême droite de l’hémicycle strasbourgeois, l’intégration de la Moldavie à l’Union européenne serait un « acte hostile [et] imprudent envers la Russie », qui considère le pays comme partie de sa zone d’influence. Pire, pour le député Thierry Mariani une éventuelle reconnaissance de candidature à l’adhésion de la Moldavie de la part de l’UE serait une énième preuve de « l’ingérence européenne dans le pays », et risquerait de déstabiliser toute la région. Pour le député frontiste, « l’Europe doit aider humanitairement la Moldavie, […] sans toutefois rompre l’équilibre avec la Russie », inévitable en cas de reconnaissance du statut d’Etat candidat à la Moldavie. Une position singulière, qui tranche avec le reste des positions parlementaires et qui reste étonnante même de la part d’un parti complaisant avec la Russie de Vladimir Poutine comme le Rassemblement National.

Pour d’autres, l’intégration de la Moldavie à l’Union européenne est une perspective certaine au regard des évolutions géopolitiques et des accomplissements faits par le gouvernement moldave de Maia Sandu sur les plans de l’Etat de droit, de la corruption et de la liberté de la presse. Mais pour ces mêmes eurodéputés, la perspective d’une intégration à l’UE et la reconnaissance du statut d’Etat candidat ne doivent pas faire oublier l’urgence ni même les moyens nécessaires à la réalisation de cette perspective. Des députés comme Maria Grapini (S&D) insistent sur le fait que la Moldavie doit disposer de suffisamment de fonds et d’aides de la part de l’Union européenne « dès à présent » pour lui permettre de mettre en oeuvre les réformes nécessaires à son adhésion à l’UE.

Si la balle est désormais dans le camp de la Commission et du Conseil, il semble certain aujourd’hui que « le peuple moldave ait gagné sa place dans l’Union européenne », souligne Eugen Tomac, du PPE.

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