Covid-19 : Biélorusse et autres, les dictateurs n’ont pas peur

, par Alexis Vannier

Covid-19 : Biélorusse et autres, les dictateurs n'ont pas peur
Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Source : Wikimédia commons. Crédit : Serge Serebro, Vitebsk Popular News

La pandémie mondiale de coronavirus bouleverse l’ensemble de la société. Toute ? Non, un État d’Europe de l’Est continue à vivre presque comme si de rien n’était. Et le cas biélorusse illustre bien l’attitude des régimes autoritaires du monde entier à ce sujet.

Une étoile rouge moins « militaire » et la Russie délaissée pour l’Europe, la Biélorussie était occupée à modifier ses armoiries quand cet odieux virus a commencé à se répandre dans le monde. Loin de le confiner, le Président Loukachenko a décidé de laisser tourner son pays et se déplacer ses quelques 9,5 millions d’habitants.

« Vodka, hockey et tracteur » biélorusses contre coronavirus

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Comme quelques autres dirigeants –de moins en moins–, le Président biélorusse a préféré casser le thermomètre plutôt que d’affronter la maladie en face. En effet, le dernier –de moins en moins– dictateur d’Europe n’est pas effrayé par la pandémie de covid-19 et ne prend aucune mesure particulière pour protéger sa population ou enrayer la contamination qui, selon les derniers chiffres, aurait touché 562 Biélorusses et tué 8 d’entre eux. Les plus de 65 ans sont tout de même, mais simplement, incités à rester chez eux.

Cette inaction irrite d’ailleurs son voisin lituanien, le Président Gitanas Nausėda n’ayant « pas confiance » en ce que peut dire Loukachenko de la situation dans son pays et regrettant son attitude de hâbleur.

Preuve de cette hypocrisie, le championnat de football est le seul en Europe à n’avoir pas été suspendu, ce qui lui permet par ailleurs de concentrer l’attention de certains amateurs du ballon rond comme en Angleterre. La Birmanie et le Nicaragua sont les seuls autres pays au monde à avoir pris la même décision, et l’on connaît la situation tout à fait florissante et épanouie de la démocratie et des libertés fondamentales au sein de ces États…

Finalement, le Docteur Loukachenko recommande trois gestes simples pour contrer efficacement la maladie : tout d’abord la pratique agricole, car chacun sait « le tracteur guérit tout le monde » ! Si toutefois vous n’êtes pas l’heureux détenteur d’un rutilant Deutz ou d’un beau John Deere, « un ou deux verres de vodka » suffiront à éliminer efficacement ces médiocres microbes.

De plus, l’expert Loukachenko nous le certifie « le froid gèle le virus », donc le hockey sur glace, sport national en Russie blanche, garantit à coup sûr une protection imbattable ! Et personne en Biélorussie ne remet en cause ces recettes : soit le dictateur est fort, soit l’opposition se tait et quand on sait que d’opposition il n’y a pas depuis que les quelques opposants élus en 2016 au Palata Pradstawnikow, Parlement local, ont été interdits de se représenter en 2019, la réponse se confirme.

Un virus qui grippe les populismes du monde entier

Dans les pays dirigés par des populistes d’un nouveau genre et les régimes autoritaires voire dictatoriaux, les autorités semblent toutes minimiser, dans un premier temps au moins, la crise du coronavirus. Ce qui entraîne des critiques plus ou moins massives et virulentes des populations à leur égard. La Turquie prend le même chemin que la Biélorussie : Ankara privilégie l’économie à la santé en n’imposant aucune forme de restrictions de mouvements, ce qui inquiète les habitants.

En Iran, les données officielles sur le nombre de cas et de morts semblent bien inférieures à la réalité. Les déluges (tremblements de terre, inondations et même invasions de sauterelles) endurés par les Iraniens, encore massivement dans les rues en début d’année pour critiquer le pouvoir, ne semblent pas atteindre leur colère.

Le président tanzanien lui, bien connu des ONG comme Reporter sans frontières, a recommandé à ses concitoyens de se rendre en masse dans les églises, sanctuaires sains préservés du virus « satanique ».

La Russie de Poutine a réagi assez tardivement en imposant des mesures de confinement le 30 mars ; Moscou semble par ailleurs prêt à utiliser la technologie pour surveiller les déplacements des citoyens, sous couvert de lutte contre la propagation du virus.

Au Brésil, Jair Bolsonaro s’était fait le fer de lance contre la « psychose autour d’une petite grippe ». Il s’est ainsi attiré les foudres d’une large partie de la population qui réclamait alors sa destitution pure et simple devant tant d’irresponsabilité, avant de reconnaître le « défi » imposé par la pandémie, sans toutefois prendre de mesures correspondantes, pour le moment.

Enfin, en Europe, l’excellent article d’Antoine Potor nous apprend quant à lui comment le virus permet au Hongrois Orbán de prendre le contrôle du pays.

Voilà que cette pandémie fait trembler le monde et les peuples réclament fort logiquement la santé. Évidemment, cette crise aura des conséquences économiques désastreuses, cependant il est toujours plus aisé de faire repartir une activité économique qu’un corps humain mort. À la santé réclamée, la réponse est souvent la sécurité : pas de déplacements non essentiels, restrictions des loisirs et des rencontres, reconnaissance technologique des citoyens infectés… Le danger est grand de laisser aux autorités toute latitude dans la protection de notre santé.

On peut observer en outre, qu’une partie des dirigeants populistes et des régimes autoritaires sont critiqués dans leur gestion de la crise, soit parce qu’ils minimisent gravement la situation, soit parce que les mesures prises –ou l’absence de mesures– ont pour intérêt principal de protéger l’économie, se résignant à de lourdes pertes humaines. Albert Camus aurait certainement fustigé cette nouvelle forme de peine de mort.

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