Covid-19 et communication : quelle image pour l’Union ?

, par Théo Verdier

Covid-19 et communication : quelle image pour l'Union ?
Ursula von der Leyen le 26 mars à Bruxelles. Crédit : Union européenne. Source : EC - Audiovisual Service

Si les institutions communautaires ont tardé à réagir face à la propagation du coronavirus, elles redoublent désormais d’efforts pour coordonner les États membres et mobiliser les moyens communautaires. Une mobilisation difficile à valoriser aux yeux de l’opinion.

On a jamais deux fois l’occasion de faire une bonne première impression” dit le dicton. Il s’applique parfaitement à l’Union européenne en cette période. La Commission européenne a longuement apparu dans une position d’attente, écartelée entre sa volonté de coordonner l’action des États membres et son manque de compétences sur le plan sanitaire. Ursula von der Leyen, la Présidente de l’exécutif européen a d’ailleurs reconnu elle-même avoir “sous-estimé le virus.

Un sursaut tardif

Ce “retard à l’allumage”, comme le qualifie la journaliste Nora Hamadi dans des propos rapportés par la Fondation Jean Jaurès, s’est fait “au même titre que les capitales européennes” rappelle la présentatrice d’Arte. La Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin, décrit en ce sens dans Libération la réaction des gouvernements européens. Ces derniers seraient passés par trois phases : “l’observation” puis “la sidération”, avec des réactions impulsives - telles que les volontés françaises et allemandes de restreindre les exports intra-européens de matériel médical -, avant le sursaut et la mobilisation” matérialisés par la tenue du premier Conseil européen dédié à la crise en visioconférence le 10 mars.

La responsabilité de la désorganisation européenne est donc loin d’incomber au seul niveau communautaire. L’image d’une Europe incapable d’agir de manière coordonnée ne va toutefois pas sans conséquences. On a vu plusieurs expressions d’un sentiment d’abandon marqué provenir d’Italie face au manque supposé de solidarité européenne. “Je le dis en Européenne convaincue, l’Europe aurait dû travailler aussitôt de façon unie” déclarait ainsi Sandra Zampa, vice-ministre italienne de la santé, dans un entretien à Ouest France, avant de regretter : “la présidente de la Commission européenne aurait dû convoquer immédiatement les responsables de la santé, même si bien sûr c’est une matière de compétence nationale”.

Les missions de l’Union : coordonner les États membres et mobiliser les moyens communautaires

Ce papier ne vise pas à détailler le panel des mesures prises au niveau européen pour contenir l’épidémie. On peut toutefois rappeler les grands axes de la mobilisation européenne pour contenir l’épidémie :

  • Sur le plan économique, la Commission européenne a amorcé un recul stratégique pour garantir aux gouvernements nationaux la souplesse du régime des aides d’Etats et des règles de stabilité budgétaire. Avant que la Banque centrale européenne n’annonce un programme d’achat d’obligations massif, chiffré à 750 milliards d’euros. L’ensemble étant accompagné de mesures de soutiens à l’économie. La proposition de “corona-bonds” pour mutualiser une partie de la dette européenne a néanmoins été refusée par l’Allemagne et les Pays-Bas lors du Conseil européen du 26 mars.
  • Sur la question des frontières, le Conseil européen a soutenu la proposition de la Commission européenne de restreindre les entrées aux frontières extérieures de l’UE pour 30 jours. La Commission travaille désormais à limiter l’impact du rétablissement des contrôles aux frontières nationales par la mise en places de “corridors verts” permettant le passage des marchandises essentielles.
  • Concernant l’approvisionnement en matériel médical, la Commission a utilement étendu l’usage du mécanisme de protection civile de l’UE pour créer une “réserve stratégique” de matériel médical. Et ce, en parallèle du lancement d’une procédure de passation conjointe de marchés publics pour que 25 États membres se fournissent ensemble en équipements de protection.

Une difficile guerre de communication

On l’a vu, l’UE a finalement su se mobiliser dans des proportions historiques au cours de cette crise. Et son action ne s’interrompt pas là. Les prochaines échéances permettent d’envisager la tombée de plusieurs tabous européens. Comme le recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) ou encore à l’émission de dettes communes aux 27.

Pourtant, l’Union et les États européens souffrent du narratif agressif déployé par leurs concurrents. La Chine, la Russie ou même Cuba plus récemment ont ainsi tenu à manifester des gestes de solidarité sonores envers l’Italie. Gestes dont le niveau d’engagement varie, allant du soutien massif à un appui plus symbolique. Ces soutiens extra-communautaires amplifient le discours ambiant selon lequel l’Union ne parvient plus à resserrer les rangs.

Pourtant, l’Union européenne et ses membres ont su agir tôt, comme l’a rappelé Ursula von der Leyen, par l’envoi de plus de 50 tonnes de matériel médical à la Chine en janvier. Ou encore en organisant et en contribuant financièrement au rapatriement des Européens de Wuhan. Maintenant encore, la France et l’Allemagne, qui subissent pourtant de plein fouet les effets du virus, peuvent se targuer d’avoir envoyé autant de matériel en Italie que la Chine.

L’Union s’engage donc dans une guerre de communication où elle a affaire à forte partie. Les institutions communautaires ont toutefois également beaucoup à y gagner. La prise de conscience de l’impact du virus met en évidence une systématisation du recours à l’Europe en cas de crise. Les différentes institutions européennes sont au centre du jeu pour soutenir et coordonner les Etats membres. Et ce, sur les frontières intérieures et extérieures, la gestion et l’approvisionnement du matériel médical, le rapatriement des ressortissants européens ou encore le déclenchement de mesures économiques et budgétaires.

Le dépassement de fonction réalisé par le niveau communautaire démontre la plus-value de son action. La question demeure : comment valoriser cette valeur ajoutée auprès de l’opinion ? Pour aller vite, on peut dire que l’espace public tend à mettre en lumière une politique à travers son incarnation, comme nous l’avons plusieurs fois démontré en analysant la visibilité de l’UE dans les médias audiovisuels. Or, l’UE manque cruellement d’un visage. Si Ursula von der Leyen fait l’effort de communiquer en plusieurs langues et de varier annonces et messages se soutien, l’impact de sa communication vers le grand public demeure limité.

Les Présidents du Conseil, de la Commission et du Parlement européens ont par contre amorcé un mouvement intéressant lorsqu’ils ont organisé une visite de crise en Grèce à l’occasion du nouvel afflux de migrants vers Athènes et l’Europe. Si ce déplacement avait quelques allures martiales, il a le bénéfice de matérialiser l’engagement européen. Dans la mesure du possible étant donné la propagation du virus, donnons-nous les moyens de continuer à matérialiser visuellement la mobilisation de l’Union de la même façon.

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