En Hongrie, un affrontement entre David et Goliath en vue

, par Paul Brachet

En Hongrie, un affrontement entre David et Goliath en vue

Péter Márki-Zay ! C’est le nom du candidat au poste de Premier ministre hongrois qui vient concurrencer l’actuel occupant du poste, l’indétrônable Victor Orban. En effet, la quasi-totalité de l’opposition hongroise - réunissant des forces aussi diverses que peuvent l’être les écologistes, les conservateurs, les libéraux ou les ultra-nationalistes- s’est regroupée dans un seul but : vaincre « l’illibéralisme » et l’autoritarisme du « Système Orban » !

I- Une primaire de péripétie en péripétie

Le nom de Péter Márki-Zay, dit aussi « PMZ » a émergé le 17 octobre à l’annonce des résultats de la rocambolesque primaire organisée par l’opposition. Car oui, la primaire organisée en Hongrie fut inédite à plusieurs titres !

Tout d’abord, il est à noter qu’il s’agissait là de la première primaire organisée par des forces politiques en Hongrie, les partis politiques lui préférant généralement une sélection interne des candidats. Mais cette primaire n’est justement pas propre à un parti, c’est là une autre facette du caractère inédit de l’élection. Cette primaire a réuni la quasi entièreté de l’opposition hongroise à Victor Orban puisque la totalité des parties, à l’exception notable du mouvement parodique du Parti du Chien à deux queues et du mouvement d’extrême droite Notre Patrie, s’est mis d’accord le 15 novembre 2020 afin d’unir leur force pour les prochaines élections législatives devant avoir lieu au printemps 2022. La Coalition Démocratique, le Jobbik, les Verts, Momentum, le Parti Socialiste et Dialogue pour la Hongrie se sont accordés pour présenter une seule et même liste électorale, un unique candidat pour chaque circonscription du pays et enfin un seul prétendant au poste de Premier ministre.

C’est d’ailleurs pour se mettre d’accord sur ce nom que la primaire fut organisée. A défaut de pouvoir débattre sur les chaînes de télévisions publiques, accessibles aux seuls membres du gouvernement, les débats de l’opposition ont été diffusés sur les canaux de chaînes privées notamment ceux de RTL Klub, la branche hongroise de RTL. La chaîne a alors enregistré une audience record de 800 000 téléspectateurs jamais vu auparavant, si ce n’est pour le dernier match de l’Euro Hongrie-Allemagne. Les favoris avaient alors été identifiés comme étant Gergely Karácsony, le maire écologiste et populaire de Budapest, Péter Jakab, le chef de fil du Jobbik, et Klára Dobrev, une eurodéputée socialiste.

Après quelques péripéties, notamment une attaque informatique de grande ampleur et des attaques de la part du Fidesz, parti de Victor Orban, le premier tour donne gagnant 3 candidats : G. Karácsony, K. Dobrev et… PMZ ! Il s’agit d’une surprise totale dans le sens où il était attendu du scrutin que G. Karácsony soit premier du scrutin, or il est second, et que PMZ, sans parti politique et sans grande notoriété, soit mis hors course. La surprise fait alors réfléchir le favori déchu et entraîne alors le retrait du maire de Budapest au profit du conservateur PMZ.

Le second tour, ayant eu lieu du 10 au 16 octobre, vient confirmer la dynamique, et permet à PMZ de devenir le candidat de l’opposition pour défier Victor Orban.

II- Une stratégie électorale entre division et rassemblement

Le maire de Budapest s’est retiré à la faveur de Márki-Zay car selon lui, ce dernier « pourrait gagner la primaire et vaincre Orban ». Il est considéré ainsi car PMZ est connu pour ses idées conservatrices et pour être un ancien membre du Fidesz. En effet, ce dernier est actuellement maire de la ville d’Hódmezővásárhely, ville fidèle au Fidesz considérée jusqu’à son élection comme imprenable. Cependant, le programme conservateur de PMZ et les dénonciations des excès du parti d’Orban ont eu raison d’Hódmezővásárhely. C’est cette même tactique que doit opérer le candidat s’il souhaite atteindre le poste de Premier ministre selon PMZ bien évidemment mais aussi selon Karácsony. Il doit ainsi rassembler suffisamment les forces anti-Orban de l’opposition tout en divisant au maximum le Fidesz afin de recueillir les voix des électeurs déçus du parti. En résumé, le conservateur doit permettre de réunifier un pays si longtemps divisé par les politiques de l’illibéral Victor Orban autour des valeurs démocratiques et européennes. Aujourd’hui, les sondages donnent la liste de l’opposition à 47% des intentions de vote, c’est-à-dire en égalité parfaite avec le Fidesz. Le combat de « David » Márki-Zay contre « Goliath » Orban est donc encore loin d’être gagné, encore loin d’être terminé.

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