La garantie européenne pour la jeunesse : un simple effet d’annonce ?

, par Tiphaïne Milliez

La garantie européenne pour la jeunesse : un simple effet d'annonce ?

Le 22 avril dernier, les États membres de l’Union Européenne ont adopté une recommandation instaurant une « garantie jeunesse » dans l’ensemble de l’Union européenne. Cette nouvelle initiative vise à lutter contre le chômage des jeunes en Europe en facilitant leur réintégration dans le marché du travail.

Ainsi, tous les jeunes de moins de 25 ans devraient dès à présent se voir proposer une offre pour un emploi, une formation, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivant leur sortie de l’enseignement ou la perte de leur emploi.

Depuis quelques mois, les chefs d’Etat et de gouvernement, France et Allemagne en tête, se félicitent largement de ce nouvel accord. « Le futur de notre continent repose sur les perspectives que nous pouvons offrir aux jeunes » souligne Angela Merkel. Pour François Hollande, cette mesure permettra une « action rapide » garantissant « la solidarité ». Mais qu’en est-il réellement ? S’agit-il véritablement d’une mesure révolutionnaire ou plutôt d’un simple effet d’annonce ?

Le taux de chômage des jeunes en Europe est particulièrement élevé. En 2013, 23,6% des moins de 25 ans étaient à la recherche d’un emploi, soit 5,7 millions de jeunes dans l’ensemble de l’Union. En Italie ou au Portugal, ce taux s’élève à plus de 30%, les cas les plus alarmants étant l’Espagne (57,7%) et la Grèce (54,8%). Les conséquences sociales et économiques de la non-intégration des jeunes dans le marché du travail sont bien évidemment dramatiques. En 2011, Eurofound a estimé que les pertes annuelles de cette non-intégration s’élevaient à 153 milliards d’euro. Parallèlement, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a estimé à 21 milliards d’euros par an le coût total de la mise en place de ce nouveau dispositif. L’inaction semble donc beaucoup plus coûteuse que l’introduction d’une nouvelle mesure de lutte contre le chômage.

En ce qui concerne la mise en place pratique de la garantie, les financements devraient être directement versés, par l’intermédiaire du Fonds Social Européen, aux régions dont le taux de chômage des jeunes est particulièrement élevé. De même, l’engagement des partenaires sociaux sera essentiel pour assurer une application efficace de la mesure.

Preuve de sa vertu, l’exemple de certains de nos voisins européens (Finlande, Suède) ne manquent pas d’être avancés. Le modèle autrichien notamment propose une « garantie d’emploi et de formation » pour les jeunes entre 19 et 24 ans, veillant à ce que les jeunes chômeurs se voient offrir un emploi dans les six premiers mois suivant leur inscription au Service Public pour l’Emploi.

À première vue, cette nouvelle initiative semble donc être le remède tant attendu pour lutter contre le chômage des jeunes... rien de révolutionnaire pourtant.

Il ne s’agit tout d’abord que d’une recommandation, soit d’une simple incitation adressée aux États membres. Aucune sanction n’étant prévue, il nous faudra compter sur leur seule bonne volonté pour mettre en place cette mesure. La pratique vient conforter cette idée. En effet, ce principe avait déjà été introduit en 2005 par le Conseil. Depuis, celui-ci, mais aussi la Commission et le Parlement n’ont fait que réitérer leurs incitations à l’égard des États membres. Et si l’acte a enfin été décidé en avril dernier, la majeure partie des États discutent encore sur les mesures concrètes et conditions d’application à prévoir.. la mise en place de cette « mesure d’urgence » dans une telle « situation de crise » se fait donc encore attendre.

Au 1er janvier 2014, c’est avec satisfaction qu’a été annoncé le déblocage des fonds. Pourtant en pratique, seulement 6 milliards d’euros ont été mis sur la table pour l’ensemble de la période 2014-2020. Une somme bien dérisoire pour lutter contre le chômage des jeunes dans l’ensemble de l’Union européenne, notamment lorsqu’on la compare aux milliards dépensés pour sauver le système banquier européen.

Enfin, un point rarement abordé est celui de la qualité des offres proposées dans le cadre de cette mesure. Bien nombreux sont les employeurs qui utilisent les stagiaires comme force de travail peu coûteuse. Ainsi, il est à craindre qu’ils ne profitent de cette mesure et de ses financements pour proposer des stages peu ou prou rémunérés, aux conditions médiocres, plutôt qu’un emploi de long terme.

Une garantie européenne pour la jeunesse n’est pas une mesure inintéressante. Bien au contraire, elle montre bien que le chômage des jeunes est une préoccupation grandissante en Europe et qu’il existe une certaine prise de conscience. Pourtant, elle reste encore largement insuffisante. Ce n’est pas seulement une question de financement. Il s’agit également d’être cohérent dans ses actes. Ainsi, il semble paradoxal d’annoncer vouloir combattre le chômage des jeunes tout en soumettant certains pays européens à des restrictions budgétaires drastiques. De grands plans d’investissement pourraient être lancés à l’échelle européenne, favorisant par exemple le développement des énergies du futur – à l’exemple du tournant énergétique allemand – et la création des nouveaux emplois qui y seront associés. Ce dont nous avons réellement besoin ne peut se résumer à des mesures de compensation dérisoires.

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