La Pologne conserve Andrzej Duda à sa tête

, par Cesare Ceccato, Traduit par Alexis Vannier

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La Pologne conserve Andrzej Duda à sa tête
Le président polonais Andrzej Duda rencontre Donald Trump en 2017. Source : Wikimedia Commons.

À l’issue du dernier scrutin présidentiel, la Pologne a décidé de maintenir le souverainiste Andrzej Duda à la tête de l’État. Sa victoire est un camouflet pour les proeuropéens et, au regard des multiples conflits qui ont émaillé les cinq années d’exercice du parti qu’Andrzej Duda représente, c’est également une gifle pour les défenseurs de l’État de droit. Aujourd’hui plus que jamais, la Pologne, comme certains de ses voisins d’Europe centrale et de l’Est, se trouve à un moment charnière de son intégration au sein de l’Europe, pour le meilleur ou pour le pire.

L’Histoire se répète. Cette année comme il y a cinq ans, le chef de l’État a été proclamé à l’issue du second tour et, comme il y a cinq ans, seulement environ 450 000 voix ont permis à Andrzej Duda, soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), de l’emporter face à son concurrent de la Plateforme civique (PO). En 2015, M. Duda l’avait emporté face au président sortant, Bronisław Komorowski. Cette année, c’est face au maire de Varsovie, Rafał Trzakowski, qu’il a gagné. Le succès de M. Duda marque un double revers pour les proeuropéens alors que le Groupe de Visegrád (une organisation composée de la Pologne, de la Tchéquie, de la Slovaquie et de la Hongrie connue pour ses positions critiques envers Bruxelles) a réélu à sa tête le chef d’État polonais jusqu’en juin 2021.

Avant tout, revenons sur le parcours d’Andrzej Duda. Cet ancien avocat de 48 ans reconverti dans la politique est un catholique convaincu depuis son plus jeune âge. Au sein du PiS, il gravit rapidement les échelons : il devient d’abord sous-secrétaire d’État à la chancellerie sous la présidence de Lech Kaczynski durant deux ans, il mène ensuite la campagne du PiS pour les européennes de 2014 et devient enfin eurodéputé pour un an avant de laisser son siège en 2015 pour concourir aux élections présidentielles polonaises.

L’ascension de M. Duda est accélérée par son soutien à certaines causes, dont la défense de la monnaie locale, le złoty, au détriment de l’euro, thème majeur de sa première campagne présidentielle. L’autre cheval de bataille du président est la défense des valeurs familiales traditionnelles. Andrzej Duda est un fervent adversaire de l’avortement, même si la législation polonaise compte parmi les plus sévères au monde, autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) seulement en cas de viol, d’inceste, de risque pour la vie de la mère ou du fœtus ou si ce dernier présente des signes de handicap sévère. Il s’oppose également à l’éducation sexuelle à l’école, apportant son soutien à une loi pénalisant la « promotion de la sexualité auprès des adolescents ». De plus, M. Duda est convaincu que l’homosexualité est avant tout une idéologie plus dangereuse que le communisme.

La plus grande menace qui pèse sur l’État de droit en Pologne provient de la réforme en cours du système judiciaire. En 2019, le Parlement polonais, la Diète, a adopté une loi permettant de soumettre les juges à un examen, à des poursuites, voire à des sanctions, sur la base des décisions judiciaires rendues. En conséquence, la Commission européenne a lancé une procédure d’infraction à l’encontre de la Pologne.

Toutefois, le PiS ne s’est pas laissé faire : en janvier 2020, la Diète, avec l’accord de M. Duda, a voté une série de mesures à l’encontre des juges, autorisant le ministre de la Justice à les condamner, à les rétrograder voire à les licencier en cas de critiques à l’encontre de la majorité librement élue. De plus, les juges ne sont autorisés ni à donner leur avis sur le travail de leurs collègues ni à s’exprimer politiquement.

La Pologne est devenue, à la suite du Brexit, le cinquième pays le plus peuplé de l’Union européenne, elle envoie désormais 52 représentants au Parlement européen et affiche l’économie la plus florissante de l’Est européen. Ces éléments ont contribué à la réélection d’Andrzej Duda et au soutien substantiel de la population polonaise aux politiques menées par le PiS. La flamme souverainiste au sein du Groupe de Visegrád brille donc de nouveau. En effet, le Premier ministre hongrois Victor Orbán fait partie des tout premiers dirigeants à avoir félicité Andrzej Duda pour sa réélection, qualifiant l’amitié entre leurs deux pays de moteur de la coopération en Europe centrale et d’acteur incontournable de la politique européenne. La relation spéciale entre les deux dirigeants est évidente.

Au cours du dernier Conseil européen, ils se sont tous les deux opposés au plan proposé par la Commission, exigeant un plus grand équilibre dans la répartition des aides européennes. De plus, ils ont tous les deux adopté des législations violant les droits des personnes LGBT+. En Hongrie par exemple, une loi interdit désormais aux personnes transsexuelles de modifier leur état civil. Des procédures d’infraction ont été enclenchées contre les deux pays par la Commission européenne pour violation de l’État de droit. Pendant ce temps en Tchéquie, le parti du Premier ministre, Andrej Babiš, porte le nom le plus populiste du monde : « Action des citoyens mécontents ». En Slovaquie, le chef du gouvernement, Igor Matovič, élu en février dernier, met fin à huit ans de social-démocratie et annonce que son parti formera le meilleur gouvernement de l’Histoire de la Slovaquie.

Cependant, la Pologne ne bénéficie que de peu de soutien de la part des autres États de l’Est européen, et ce malgré une forte présence populiste dans ces pays. La Roumanie, à l’inverse du magyar Orbán, maintient son orientation proeuropéenne et libérale et n’a aucune intention de rejoindre le Visegrád, principalement à cause de ses relations tendues avec la Hongrie. Le jour même de la réélection d’Andrzej Duda, la Croatie et la Bulgarie ont, quant à elles, officiellement initié le processus d’adoption de la monnaie unique. De l’autre côté, les républiques baltes se montrent détachées et indépendantes.

Au cours des cinq dernières années, Andrzej Duda a noué des alliances fortes outre-Atlantique. Donald Trump n’a jamais caché son amitié avec M. Duda, qu’il voit comme l’un de ses plus proches alliés en Europe. En effet, M. Trump souhaite transférer des troupes américaines d’Allemagne vers la Pologne, dans une base que le président polonais souhaite renommer Fort Trump. L’Initiative des Trois Mers, créée par l’Europe de l’Est en 2015 pour renforcer les liens dans la région attire l’attention du président étasunien. En effet, l’objectif de cette nouvelle entité est d’exploiter les ressources énergétiques des mers Baltique, Noire et Adriatique pour tenter de mettre un coup d’arrêt à l’influence russe et chinoise dans la région, pour le plus grand plaisir des intérêts étasuniens.

Cette confiance envers la Pologne et le pouvoir qui lui est confié pourraient néanmoins s’avérer futiles en termes géopolitiques. L’UE est confrontée à un moment crucial de son histoire. La Conférence sur le futur de l’Europe, qui promet des propositions de transformations radicales, a été maintenue fin septembre. La confiance que les Européens placent dans les institutions européennes est, d’après de récents sondages, très élevée à la suite de la pandémie. À ce stade, l’UE pourrait commencer à envisager sérieusement un futur sans la Pologne. Certains estiment que les relations entre Varsovie et Bruxelles sont arrivées à un point de non-retour susceptible d’entrainer un Polexit, ou plutôt un Polgoodbye, initié par l’Union, qui suspendrait, voire se débarrasserait, de la Pologne pour non-respect des traités européens et des valeurs fondamentales.

Comment Andrzej Duda réagirait-il ? Probablement pas très bien. Certes, il s’agit d’un souverainiste, mais pas comme un Boris Johnson – plutôt comme un Matteo Salvini. Quand Andrzej Duda parle de Polexit, il le fait du bout des lèvres. Il souhaite tenir les rênes de l’Union et il sait qu’avec le soutien de son club (de Visegrád), cela n’est pas totalement impossible. Cependant, un départ forcé de l’Union rebattrait les cartes pour Andrzej Duda, la Pologne et le Groupe de Visegrád dans son intégralité. Heureusement pour eux, rien de la sorte n’est envisagé actuellement. Mais une faute irréparable de la part d’un membre de l’Est européen est vite arrivée.

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