La série « Parlement », entre comédie et réflexion politique

, par Hadrien Boudet-Romero

La série « Parlement », entre comédie et réflexion politique
Image : Jo Voets / France TV

« S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes. » J.-J. Rousseau, Du contrat social.

Depuis plusieurs années, la politique est devenue un sujet à part entière de séries. Lutte d’intérêts, rivalités personnelles et coups bas machiavéliens sur fond de tensions, la politique offre un terrain de prédilection pour les séries. Inauguré par la série culte "À la Maison Blanche" à la fin des années 1990, le thème de la politique a été développé à l’envi par des scénaristes souvent issus du milieu politique et fins connaisseurs des enjeux. Réaliste (Borgen), psychologique (Baron noir) voire complotiste (House of Cards), la série politique est développée sur le même rythme, celui du thriller haletant.

Parlement, la mini-série diffusée sur France Télévision écrite par Noé Debré, tranche avec cette tradition, à la fois dans le ton (comédie) et dans le décor (le Parlement européen).

Son enjeu ? Décrire le fonctionnement du Parlement européen au travers des « petites-mains » de l’institution : les assistants parlementaires.

La trame ? Samy (Xavier Lacaille), jeune assistant parlementaire d’un député européen centriste (Philippe Duquesne) à la commission de la pêche, débarque au Parlement européen au lendemain du Brexit. Novice en politique, n’ayant aucune connaissance du fonctionnement des institutions européennes, Samy se retrouve, suite à un quiproquo, chargé de rédiger un rapport à propos d’un sujet obscur : le finning c’est-à-dire le découpage d’ailerons de requins à vif et à bord des navires. Mais, entre un patron député complètement largué, des conseillers politiques et des lobbyistes cyniques et des administrateurs européens peu loquaces, Samy est très vite débordé malgré « l’aide » d’assistants parlementaires.

En dépit du ton comique et du thème a priori aride, la série Parlement parvient à décrire les arcanes du pouvoir européen et les maux qui affectent les institutions européennes.

Noyé dans un océan administratif, devant jongler entre les commissions et les réunions en vue de trouver un « compromis », Samy doit faire face au phénomène bureaucratique de l’UE. Certes, la bureaucratie n’est pas un mal uniquement européen. Sans entrer dans une analyse wébérienne, la bureaucratie est un phénomène propre de notre société et de nos administrations fondées sur une organisation rationnelle dans laquelle chaque individu exerce une fonction spécialisée. Néanmoins, la série révèle un entrelacs de commissions, un enchevêtrement de procédures, bref, un labyrinthe administratif nécessitant un fil d’Ariane ou plutôt la connaissance experte du règlement intérieur de l’institution et les avis d’un administrateur énigmatique polyglotte capable de citer Sénèque au détour d’une conversation. Déposer un amendement au bureau du Parlement relève alors d’une épreuve digne de celle subie par Astérix et Obélix dans les Douze Travaux d’Astérix pour obtenir le laisser-passer A-38 dans la maison qui rend fou.

Par ailleurs, en plus de devoir se débattre dans les méandres administratifs du Parlement européen, Samy apprend à ses dépens le jeu des lobbies et des conseillers politiques. Débutant dans les tactiques politiques, le jeune héros éprouve un apprentissage accéléré des stratégies politiques. Esquiver les tentatives d’approches des lobbyistes et des ONG écolos, saisir les conséquences politiques à court et à long terme d’un simple amendement, comprendre les intérêts nationaux pour tenter d’avancer vers un compromis tout en utilisant à son profit les leviers qu’offrent les réseaux sociaux, telles sont les données que doit intégrer un assistant parlementaire et qui sont bien décrites par la série. Bien qu’étant sur le ton léger de la comédie, la série montre les mécanismes politiques complexes qui animent le Parlement européen, la nécessité de faire preuve d’agilité entre les courants politiques (gauche-droite-centre), les sentiments européens des députés (eurosceptiques-europhiles-antieuropéens) et les appartenances nationales (Nord/Sud, Est/Ouest). Car malgré son caractère supranational, le Parlement européen est avant tout une institution censée représenter les citoyens européens des États membres.

Et le politique dans tout ça ?

Si la série présente un Parlement européen où le « compromis » est le mantra, elle n’est pas tendre envers les députés. Totalement dépassés par la machine administrative et les enjeux politiques, les députés sont dépeints de manière cruelle par les scénaristes. Entre un député français centriste falot faisant tout son possible pour ne pas se mêler aux travaux de sa commission et une députée britannique conservatrice inculte devenue une inconditionnelle du Brexit abusant des subsides versées par l’Union européenne, la classe politique européenne ne sort pas indemne de la série. Cependant, si le trait peut paraître forcé voire caricatural, les auteurs retranscrivent ce sentiment d’écart entre les politiques européens et les citoyens et traduisent la réalité du paysage politique européen.

Un épisode est d’ailleurs consacré à cette incompréhension entre les députés et les citoyens qui s’interrogent sur la nécessité de débattre sur un sujet aussi annexe que le finning alors que l’Union européenne doit affronter des crises économique, écologique et migratoire majeures.

Conclusion : Rythmée, malgré une baisse d’intensité dans sa deuxième partie et didactique, la série "Parlement" a le mérite de mettre la lumière sur le fonctionnement d’une institution méconnue des citoyens mais dont l’activité impacte directement et indirectement nos législations. Elle contentera tous les publics. Les eurosceptiques et les anti-européens se verront renforcer dans leurs critiques d’une Union européenne opaque et bureaucratique à l’excès, niant les intérêts nationaux tandis que les europhiles se satisferont de la recherche incessante du compromis censé traduire l’intérêt général européen.

Quoi qu’il en soit, au-delà du point de vue susceptible d’être adopté, la série nous questionne sur l’avenir de l’Union européenne et sur son degré démocratique à l’heure où de nombreuses interrogations et critiques, fondées ou non, s’abattent sur elle. Trop bureaucratique, elle deviendrait un monstre administratif qui enfermerait les politiques dans un carcan de normes, davantage compétente pour gérer que pour insuffler un esprit capable de surmonter des crises. Trop politique, elle serait soumise aux luttes incessantes des partis, des intérêts nationaux et serait à la merci des États les plus puissants au détriment des plus petits.

Ainsi, plus qu’une simple série politique, "Parlement" nous montre le chemin à parcourir pour la formation d’une Union européenne plus démocratique et plus transparente.

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