Une résolution pionnière sur les violences sexuelles faites aux hommes et aux garçons
La résolution part d’un constat clair dans le rapport de l’APCE : les violences sexuelles contre les hommes et les garçons sont “une réalité trop souvent cachée”, qu’il “faut prévenir et combattre”. Pour cela, l’APCE appelle, notamment dans le point 16 du document débattu, à une meilleure collecte de données puisque “seul un pays sur six dans le monde dispose de données nationales sur les violences sexuelles subies par les garçons.” L’Assemblée souhaite aussi un signalement renforcé de ces violences, et une meilleure formation des professionnels de la justice et des forces de l’ordre afin de briser le silence qui entoure le phénomène.
Parmi les mesures phares, l’APCE recommande également que certains États membres adaptent leur définition légale du viol et des violences sexuelles. En effet, dans certains États comme la Bulgarie, la Hongrie ou la Slovaquie, la loi ne reconnaît pas les hommes comme victimes potentielles de viol, limitant ainsi la protection juridique et l’accès à la justice. Elle souhaite également la mise en place “de services de soutien spécialisés et sensibles au genre, qui répondent aux besoins spécifiques des hommes et des garçons victimes de violences sexuelles”, et “qui tiennent compte également des besoins particuliers des hommes gays, bi et transsexuels”. De surcroît, l’Assemblée met l’accent sur le fait qu’il faille permettre aux victimes masculines de violences sexuelles “d’être impliquées activement dans l’élaboration des politiques et des mesures” les concernant.
Une reconnaissance nécessaire des violences sexuelles faites aux hommes et aux garçons
Dès ses premières paroles devant l’Assemblée, le rapporteur Edmunds Cepuritis du groupe des socialistes, précise que l’objet du présent rapport et de la résolution n’a pas pour vocation “de réduire l’importance des violences faites aux femmes”, mais bien de mettre en lumière la spécificité des violences sexuelles subies par les hommes et les garçons.
Pourtant, certains, comme le groupe des conservateurs européens, patriotes et affiliés (CEPA), estiment qu’un tel rapport “ne serait pas utile”, arguant que l’Assemblée ne devrait pas “faire de distinguo entre les violences sexuelles faites aux femmes et aux hommes”. Cette position ne fait cependant pas l’unanimité chez les autres groupes et orateurs. Damien Cottier, de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), défend au contraire la nécessité d’un rapport spécifique, soulignant que “les problématiques sont différentes et doivent être abordées sous un autre angle”.
Le rapport souligne en effet que “les garçons victimes de violences sexuelles rencontrent des difficultés particulières, liées aux stéréotypes et aux attitudes sociales”. Béatrice Fresko-Rolfo (ADLE) explique ainsi qu’“il existe une image de la masculinité selon laquelle un homme ne peut pas être une cible”. Par ailleurs, “le rapport rappelle que, puisqu’il est socialement admis que les hommes désirent des rapports sexuels, ils peuvent éprouver des sentiments contradictoires face à une expérience sexuelle non désirée”. Beaucoup d’hommes et de garçons victimes ne signalent pas les faits, “par crainte d’être ridiculisés pour leur faiblesse ou d’être qualifiés d’homosexuels”.
Le rapport analyse ensuite ces violences dans différents contextes, comme les conflits armés, les lieux de détention ou encore les institutions. S’il est généralement établi que les femmes et les filles sont plus nombreuses à être victimes, une exception notable est celle des violences sexuelles dans l’Église. Selon la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), 80 % des victimes dans ce cadre sont des hommes. Cela impose une approche spécifique pour mieux répondre à ces situations.
À l’issue du débat du 3 octobre, Catia Polidori, présidente de la commission sur la non discrimination à l’origine du rapport, insiste : “les hommes peuvent être victimes [de violences sexuelles], et il faut lutter contre ce fléau, dans le respect d’une approche intersectionnelle. Il faut parler de ce sujet, lui donner de la visibilité et trouver des solutions pour lutter contre [ces violences]”. Si cette résolution adoptée à l’unanimité représente un véritable progrès symbolique et politique, il convient cependant de rappeler qu’elle n’a pas de portée contraignante, elle vise seulement à encourager les États membres à revoir leurs législations.
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