Une nouvelle forme de tourisme en Europe
Le surtourisme se définit comme « une fréquentation [...] d’un site touristique jugée excessive, pour au moins l’une de ces trois raisons : des dommages causés à l’environnement, à la biodiversité, ou encore au patrimoine naturel et/ou historique de la destination ou du site ; une dégradation de la qualité de vie de la population locale [...] ; ou des conditions de visite nuisant à la qualité de l’expérience touristique », selon la Direction générale des entreprises (2024).
Ce phénomène, présent en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle, s’est intensifié ces vingt dernières années : le nombre d’arrivées de touristes internationaux est passé de 416 millions en 2005 à 747 millions en 2024 (+180 %), selon l’ONU Tourisme. Cette hausse est portée par l’essor des réseaux sociaux, l’augmentation de la mobilité (compagnies low-cost comme Ryanair ou Flixbus), et la disparition progressive des frontières entre la vie quotidienne et les vacances.
Si le tourisme permet à certaines régions du continent de s’enrichir, l’envers de cette activité économique n’est pas aussi reluisant que les millions de photos postées sur les réseaux chaque année. En effet, depuis plusieurs années, on constate une dégradation environnementale, sociale et patrimoniale croissante des sites touristiques européens, due à la masse de visiteurs. Ce constat ressurgit chaque été, relayé par les médias, les publications sur les réseaux sociaux et les alertes des habitants ou des autorités locales.
La question du surtourisme suppose ainsi la transformation des territoires et des sociétés, mais aussi de la conception et la considération que l’on a d’un lieu, monument, ou autre, en tant que touriste.
Comprendre la montée du surtourisme en Europe : de la culture à la consommation
Si vous demandez à vos proches s’ils ont récemment vu un contenu touristique sur les réseaux sociaux, la réponse sera assurément affirmative. Qu’il s’agisse d’une campagne institutionnelle, d’un contenu sponsorisé ou d’un influenceur partageant des recommandations de voyage, les formats sont nombreux.
Cependant, tous les contenus ne rencontrent pas le même écho : les nombreuses publicités pour la Haute-Marne visibles à la Gare de l’Est (Paris) peinent à susciter l’intérêt, alors que d’autres publications peuvent provoquer un afflux massif de visiteurs. Cette exposition constante au voyage est particulièrement visible sur Instagram, où le hashtag #travel figure parmi les dix plus utilisés au monde, avec près de 781 millions de publications. En 2024, environ 2 millions de photos esthétisantes de lieux touristiques ont été partagées sur la plateforme, accentuant encore cette dynamique. TikTok suit la même tendance, à travers des vidéos virales et son utilisation croissante comme moteur de recherche pour organiser un séjour.
Dans une optique plus large, les plateformes de streaming contribuent elles aussi, indirectement, à la concentration touristique sur certains sites. À Giverny, le tournage d’une série de téléréalité chinoise suscite des inquiétudes parmi le personnel de la maison de Monet, qui redoute une hausse brutale de la fréquentation. La crainte : que le lieu subisse le même sort que le village suisse d’Iseltwald, où le ponton local a dû devenir payant après le succès d’un drama coréen. Un afflux massif de visiteurs, souvent peu informés des contraintes locales, peut rapidement saturer des espaces fragiles et détourner l’attention de leur valeur patrimoniale ou artistique.
Ce nouveau tourisme, façonné par les logiques numériques, la recherche d’esthétique et la quête de visibilité, ne s’arrête pas aux écrans. Il transforme en profondeur les villes, les paysages et les vies de ceux qui y habitent. Les conséquences de cette massification virale, que nous aborderons dans la seconde partie, sont aujourd’hui visibles à toutes les échelles du territoire.
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