Les industriels européens mécontents de leurs résultats trimestriels !

, par Alain Reguillon

Les industriels européens mécontents de leurs résultats trimestriels !

Face à la crise que traverse nos industries, quelle solutions peuvent être envisagées pour dynamiser notre économie ?

Les grands groupes industriels –Renault, Electrolux, Schneider, Unilever, Pernod-Ricard ou encore Solvay- n’ont pas connu de résultats à la hauteur de leurs prévisions. Tous voient leur activité perdre du terrain et certains sont tentés par une baisse de leur effectif, tels Electrolux qui décide de la suppression de 2000 emplois après une baisse de 29% de son bénéfice. Pour chacun, les baisses de ventes chutent de 6 à 8,5%. Seul Renault connaît une chute moindre à 3,2% grâce à un sursaut en Europe.

Deux raisons à cette situation : une économie atone en Europe et une baisse des devises dans les pays émergés. Pour Renault, très présent en Russie et au Brésil, c’est une perte de 439 millions d’euros sur le trimestre. Chez Unilever, le plus touché des groupes, c’est une chute de 8,5% de ses ventes. A ce problème de taux de change s’ajoute une croissance ralentie en Chine que freine une vaste lutte anti-corruption menée par le gouvernement de ce pays.

Au-delà, la crise a concentré la capacité de productions manufacturières dans des pays déjà mieux lotis que d’autres : Allemagne, Pays-Bas, Autriche et Belgique. Les perdants sont : l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, c’est-à-dire ceux qui connaissent déjà les plus grandes difficultés. Cela tient pour l’essentiel aux défauts des entreprises, au recul de l’investissement et aux problèmes des banques. Ce phénomène, dans un pays comme la France, est aussi la conséquence des choix fait depuis 20 ans de favoriser les services au détriment de l’industrie, la nôtre ne représentant plus que 12,5 de la valeur ajoutée alors qu’elle est encore de 18,6% en Italie.

Selon le président du pôle exportation et filière du MEDEF, il faut davantage mobiliser les PME. Les exportations sont trop concentrées sur les grands groupes : 70% du chiffre d’affaires à l’export reposent sur les 1000 premières sociétés du pays. C’est la seule opportunité de retrouver les 750 000 emplois industriels perdus ces dix dernières années.

Il rejoint en cela le commissaire européen à l’industrie qui déclare que l’industrie n’est pas le problème, mais la solution pour peu que l’on accepte des politiques industrielles au niveau européen. Pour cela, le Commissaire indique qu’il existe encore trop de bureaucratie en Europe et que cela freine l’initiative. Il faut plus d’entrepreneurs et pour cela il faut qu’ils puissent déclarer leur entreprise en trois jours avec 100 euros. La chance de l’union européenne est d’avoir 23 millions de PME. Cependant celles-ci doivent être davantage soutenues dans leur développement sans pour autant recourir à des subventions.

Il faut aussi permettre l’émergence de champions européens tout en se préservant des positions dominantes. Pour cela il faut revoir notre politique de concurrence qui date d’une époque où les champions chinois, russes, indiens ou brésiliens ne pesaient pas autant.

Se pose aussi la question de la valeur de l’euro qui, pour la compétitivité de nos entreprises est, selon les propos du Commissaire, aujourd’hui trop fort, malgré les efforts récents de la BCE de baisser son taux directeur à 0,25%. Le Commissaire, en disant cela ne donne bien sûr que son avis personnel, et non celui de la Commission.

Baisser l’euro n’est qu’un pan de la solution qui a son revers : celui d’enchérir les importations, notamment le coût de l’énergie et des matières premières qui nous permettent de faire fonctionner notre activité économique. La France serait l’un des pays les plus touchés par cette baisse, car elle importe beaucoup plus qu’elle n’exporte, en témoigne le déficit de sa balance commerciale.

La solution est bien celle de favoriser une industrie européenne. Pour cela, il faut que les Etats acceptent de transférer cette compétence à l’Union alors qu’elle est encore exclusive de la politique des Etats. Parallèlement, il faut réviser profondément la politique de concurrence qui freine davantage les sociétés européennes qu’étrangères ; exiger plus fortement des règles de réciprocité en termes de clauses sociales, environnementales et de respect des droits de l’homme, sachant que pour ces trois domaines, il faut tenir compte des situations régionales dans les pays partenaires et accepter aussi des périodes transitoires pour qu’ils se mettent aux normes ; enfin, il faut engager une politique fiscale européenne en matière de TVA et de taxe professionnelle afin de corriger les disparités existantes qui sont autant de distorsions de concurrence.

Mais cela ne sera pas suffisant. Il faut aussi que l’on clarifie les règles de libre circulation de la main d’œuvre et que l’on établisse un salaire minimum européen proportionnel aux PIB de chaque pays. Les premières distorsions de concurrence sont à corriger au sein même du marché intérieur ce qui évitera surement de déshabiller Paul pour habiller Pierre selon l’adage bien connu, surtout lorsque Pierre est mieux loti que Paul !

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