Moldavie : l’opposition UE-Russie au centre du jeu politique

, par Roxana Andrian

Toutes les versions de cet article : [français] [română]

Moldavie : l'opposition UE-Russie au centre du jeu politique
Le député Dinu Plîngău. Source : Facebook

ENTRETIEN. Le plus jeune député moldave de la législature 2019-2023, Dinu Plîngău, le seul représentant de la nation d’Europe orientale né après la dislocation de l’URSS a accepté notre demande d’entretien. Lors de nos échanges, le député membre du parti “Acum Platforma Da”, nous avons pu en apprendre plus sur la crise politique actuelle dans ce petit pays de l’Europe Orientale. Nous avons pu échanger aussi sur sa vision des relations entre la République Moldave et l’Union européenne. Une interview réalisée dans le cadre de la campagne Democracy Under Pressure, organisée par les Young European Federalists.

Le Taurillon : Comment se caractérise la politique moldave en cette période de crise sanitaire ?

Dinu Plîngău : Nous vivons une période très difficile, pas seulement dans la République Moldave, mais aussi dans d’autres États de l’Est qui ont connu l’occupation soviétique, à cause des nombreux conflits politiques qui surgissent sans cesse. Nous sommes en train de subir cela à cause des hommes politiques qui ne veulent pas voir une réelle option de développement. Je me permets de dire cela, après avoir comparé notre situation à celle de la Roumanie, où les partis politiques considèrent décidément que l’avenir de leur pays est dans l’Union européenne. Or, chez nous il existe aussi la possibilité d’avoir un avenir aux côtés de la Fédération russe, et d’autres États membres de la CEI (Communauté des États indépendants).

Ainsi surgissent des problèmes idéologiques qui forment un clivage dans notre société. À cause de cela, il est très difficile d’aboutir sur un consensus politique, surtout en cette période de crise politique, sanitaire et économique. Mais j’espère que les beaux jours arrivent bientôt.

LT : Est-ce que tu pourrais présenter succinctement cette crise politique ? Pourquoi la République Moldave a connu plusieurs Premiers Ministres intérimaires ces derniers temps-ci ?

DP : Personnellement je crois que cette crise politique est générée par des pratiques qui ont été tolérées dans le passé. Maintenant nous sommes en train d’en subir les conséquences.

L’élément déclencheur de la crise a été les élections présidentielles, où deux candidats totalement différents se sont confrontés lors du second scrutin : la pro-européenne Maia Sandu et le pro-russe Igor Dodon. Après les élections présidentielles de novembre 2020, le gouvernement formé par le parti des Socialistes, qui occupait une position dominante au Parlement moldave a présenté sa démission. Ils ont procédé ainsi pour mettre dans une position peu confortable la Présidente nouvellement élue.

Nous ne savons pas actuellement qui assume la responsabilité sur le plan gouvernemental et, de ce fait, la République moldave n’est pas gérée efficacement. Nous avons seulement un gouvernement intérimaire qui est en processus de démission et qui n’a aucune compétence pour résoudre la crise pandémique et économique.

Le parti présidentiel (PAS) insiste sur les élections législatives anticipées. Cela est justifié d’un point de vue politique, puisque ce parti a obtenu un excellent résultat lors des dernières élections de novembre 2020. Mais les perdants de ces élections, qui sont majoritaires dans le Parlement, ne souhaitent pas qu’il y ait des élections législatives rapidement. C’est le principal point d’achoppement.

LT : Le 16 mars dernier, le premier ministre proposé par le Parlement en février, Mariana Durleşteanu, a retiré sa candidature. Est-ce qu’il y a eu des controverses par rapport à sa personne ?

DP : La plus grande polémique a été politique puisqu’elle était soutenue par une majorité de gauche, dans laquelle entrait le très controversé parti „Sor”. Ce parti a été impliqué dans la grande fraude bancaire moldave, où plus d’un milliard de dollar avait disparu des comptes. Il y a eu une pression publique énorme, et peut être d’une autre nature et je pense que c’est pour cela qu’elle a retiré sa candidature. Enfin, elle a motivé son choix par son souhait de ne pas compliquer davantage la crise politique.

LT : Est-ce que tu considères que les élections anticipées pourraient être une solution ? On pense notamment aux dernières manifestations de décembre 2020 qui soutenaient cet événement.

DP : Personnellement, je pense que les élections anticipées sont une excellente solution. Mais la solution proposée par mon parti (“Acum Platforma Da”) est de former un gouvernement de transition de très court terme pour rectifier le budget et pouvoir prévoir le cadre du financement des élections et l’achat des vaccins. Aujourd’hui, ces 2 types de dépenses ne sont pas possibles, parce que pour rectifier le budget il est nécessaire d’avoir un gouvernement plénipotentiaire. Le but d’avoir un gouvernement pour une période très courte, promue par mon gouvernement, poursuit deux objectifs. Le premier est celui de l’adoption des mesures visant à améliorer la crise sanitaire et économique. Le second est la préparation des élections libres. Dans l’état actuel des choses, la fraude électorale est très probable, compte tenu du modèle que nous avons suivi lors de l’organisation des précédentes élections.

Nous avons une nouvelle personne qui a été proposée pour la fonction de Premier Ministre. Nous allons voir les conséquences de cet événement, mais je ne pense pas que cela va résoudre la crise politique.

La seule solution serait l’organisation des élections de manière anticipée. Mais il existe le problème de la crise sanitaire, parce que le taux de mortalité augmente et les hôpitaux sont pleins. Organiser des élections dans cette période sensible dépasse les seules considérations politiques, puisque le scrutin peut s’avérer dangereux.

LT : La Moldavie est le premier pays européen à recevoir des vaccins grâce au programme de l’OMS - COVAX. Une importante donation a été aussi faite par le Président de la Roumanie, Klaus Iohannis - 200.000 doses. Mais ton pays peine toujours à se procurer des vaccins tant convoités par tous, comme Pfizer ou AstraZeneca. Est-ce que le vaccin Sputnik V serait une alternative opportune pour la Moldavie dans le contexte actuel ?

DP : Je ne suis pas épidémiologiste pour pouvoir me prononcer sur l’efficacité des vaccins sur le marché actuel. Et je ne souhaiterais pas me joindre au mouvement de la politisation de la situation pandémique, qui est déjà très fort en Moldavie. La république Moldave est un État très pauvre et avec très peu de relations externes. Dès lors, quant à l’achat des vaccins, nous nous confrontons à un énorme problème, puisque les États riches et forts monopolisent pratiquement le marché des vaccins. La République Moldave fait des efforts en vue de procuration des vaccins, mais sans beaucoup de succès. Alors, nous n’avons pas trop le choix. Les seuls vaccins qui ont franchi les frontières moldaves proviennent exclusivement des donations.

Dans ce contexte, nous devons avoir une grande ouverture pour tous les vaccins reconnus au niveau international. Il est nécessaire de faire des efforts pour en obtenir. Dans les conditions où nous avons une majorité pro-russe, il est évident que le marché russe sera celui privilégié.

Je souligne encore que ce qu’est important, c’est que la problématique des vaccins ne soit pas politisée et que des décisions ne soient pas prises seulement en fonction de ce type de considérations. Nous avons eu un projet de loi qui voulait donner la priorité à Sputnik V. Mais avec mon parti, nous avons été contre cette proposition, parce que nous ne devons pas chercher à nous procurer un seul type de vaccin. Nous avons le devoir d’acheter là où c’est le plus convenable, efficace et qualitatif. Mais le plus grand problème c’est que la République Moldave n’a pas accès à ce marché, parce qu’il y a des États riches qui peuvent payer un prix supérieur afin qu’elles soient livrées en premier.

LT : Tu penses que la pandémie a affecté les relations que la Moldavie et l’UE entretiennent ? Je pense notamment à la fermeture brusque et stricte des frontières. Est-ce que cela a affecté d’une manière durable les relations entre les deux entités ?

DP : Je ne pense pas que la crise a affecté les relations externes. Chez nous, les relations externes fonctionnent selon le parti qui est au pouvoir. Si le gouvernement est conduit par une force pro-européenne, alors nous avons une forte ouverture vers l’UE et c’est la même chose pour la Russie. À cause de cela, il est difficile d’atteindre une stabilité des relations externes en République Moldave, car tous les 4 ans le mode de gouvernement peut radicalement changer.

L’UE et la République Moldave ont pris des mesures pour protéger les citoyens. La liberté de mouvement devait être limitée pour pouvoir préparer les systèmes médicaux à la pandémie. C’étaient des mesures nécessaires et justifiées.

LT : Comment vois tu la relation entre UE et Moldavie dans un futur proche ?

DP : J’espère voir une grande ouverture de la Moldavie envers l’UE. Et pour l’UE j’espère voir une attitude accueillante avec une attention particulière à ce qu’il se passe chez nous. Nous considérons que la Moldavie est un État stratégique. J’espère que des efforts vers un rapprochement plus prononcé seront fait des deux côtés.

J’espère aussi que les politiciens moldaves auront une stratégie bien définie afin de pouvoir d’adhérer à l’UE. C’est le rêve des nombreux Moldaves et j’espère qu’un jour il s’accomplira. Mais nous devons encore beaucoup œuvrer dans cette direction.

Vos commentaires
modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom