Noël en Grèce : Saint Basile (Άγιος Βασίλης) et la “Douzaine”, du 24 décembre au 6 janvier

, par Justine Brulez

Noël en Grèce : Saint Basile (Άγιος Βασίλης) et la “Douzaine”, du 24 décembre au 6 janvier
Photo de jimmy teoh (©pexels)

Loin des archétypes d’Europe de l’Ouest, la Grèce, à travers Saint-Basile, incarne le Père Noël durant la “Douzaine”, période orthodoxe de 12 jours, du 24 décembre au 6 janvier. La Grèce possède ses propres traditions qui forgent son identité culturelle. Le calendrier orthodoxe y joue un rôle fondamental.

Le 24 décembre : Kalanta et traditions

Selon les traditions grecques, les veilles de Noël, les 24, 31 décembre et le 5 janvier, les enfants circulent de maison en maison en chantant les “Kalanta” issus du folklore byzantin, accompagnés de triangles, faciles à manier, mais aussi d’instruments à cordes et à percussions. Lorsque les habitants ouvrent leur porte, les enfants demandent : “Na ta poume ?” (Allons-nous les dire ?), ce à quoi les adultes leur répondent : “Na ta pite” (allez-y et dites-les). En échange, ils reçoivent des friandises, des chocolats et des pièces de monnaie pour financer leurs cadeaux. A Athènes, la tradition subsiste grâce aux chorales qui défilent dans ses rues.

A cette ambiance chaleureuse, s’ajoutent les traditionnels karavákia (bateaux illuminés). Présents dans de nombreux foyers marins ainsi que sur les espaces publiques, ils rendent hommage au retour des pères et des fils marins, ancrés dans l’imaginaire collectif. Longtemps effacée par le sapin de Noël, cette tradition revient de plus en plus dans les foyers grecques. Le soir du 24 décembre marque la fin d’un jeûne de 40 jours et le début d’un premier festin. Dans les maisons, les familles s’échangent des cadeaux. En Grèce, Saint-Basile prend le premier rôle, celui du Père Noël, en référence à Basile le Grand, évêque de Césarée dans l’Empire byzantin, né vers 329, reconnu pour son rôle dans la lutte contre la famine en ayant créé la cité de la Basiliade pour les miséricordieux.

Le 25 décembre entre mythes et légendes

Rattachés aux mythes de la satire et issues des légendes populaires au sein des foyers, à l’époque où l’électricité n’était pas encore de ce monde, les Kallikantzaroi, de sombres créatures nocturnes, ont été responsables des malheurs des humains à la tombée de la nuit. Ces êtres se nourrissent de la peur et du froid. Ces gnomes ou lutins malveillants réapparaissent le jour de Noël, mieux vaut rester au chaud à la maison au risque de les croiser !

Leur fonction serait de scier le tronc de l’arbre de notre planète la Terre afin de la faire complètement disparaître. Après une série de farces en tout genre, des dégâts dans les rues, ils retournent sous terre le 1er janvier jusqu’au 25 décembre prochain. Selon la tradition orthodoxe, la messe de Noël a lieu dès cinq ou six heures du matin : prières, chants byzantins, lectures bibliques de la naissance du Christ entre autres… tout en célébrant la fin du jeûne de 40 jours avec un repas festif !

Matrakoukos, le leader des gobelins Kallikantzaroi (Source ©wikipedia - Αναγνωστικό 4ης Δημοτικού - ΟΕΔΒ 1961)

Gastronomie grecque : symboles et partage

La famille et le partage prennent une place centrale dans la gastronomie de Noël. Tout comme chez nous, la Grèce montagneuse cultive et savoure les châtaignes à Noël, et ce, sous toutes ses formes pour tous les goûts et saveurs.. La Grèce est d’ailleurs le 8e producteur mondial de châtaigne.

En plat principal, les Grecques préparent une dinde ou un agneau rôti assaisonné d’herbes méditerranéennes comme le romarin, l’origan, ainsi que de châtaignes et l’incontournable huile d’olive. Les “Yiaprakia”, des rouleaux de chou, symbolisent l’arrivée du Christ nouveau-né. Ils sont généralement accompagnés d’un cépage blanc de Debina issus de la région viticole d’Epire (AOP Zitsa).

En fin d’année, la cuisine grecque est connue pour ses succulents gâteaux de Noël. Les melomakaronas (biscuits au miel et aux épices) et les kourabiedes (saupoudrés de sucre glace) ne passent pas inaperçus en cette période.

Melomakarona et kourabiedes (Source : © Epictura / photo_stella)

En suivant les traditions orthodoxes assimilées au sacrement de la Sainte Communion, le Christopsomo, ce pain rond qui représente la naissance du Christ, accompagne la veille ou le déjeuner de Noël. A l’instar d’un rituel, ce pain est une protection sacrée et divine pour le foyer. Il se présente sous la forme d’un pain rond sur lequel est dessinée une croix byzantine accompagnée de raisins secs, d’épices, d’amandes, etc. Dès décembre, ces gâteaux sont partout. Le plus souvent, les familles les cuisinent ensemble, mais dans les grandes villes, il est possible de les acheter en boulangerie.

Le soir de Noël, les “spargana du Christ”, dessert traditionnel, sont cuites au feu de bois sur une pierre calcaire. Elles sont ensuite servies avec ce que l’on souhaite : sucre roux, noix, cannelle. Mélangé aux traditions orientales, originaire de Thessalonique, ville du nord, les islis, gâteaux traditionnels aux fruits secs sont dégustés à Noël avec un délicieux sirop.

La Vassilopita, gâteau qui équivaut à la galette des rois, célèbre la mémoire de Saint-Basile. Disponible en boulangerie, on la déguste dès le 31 décembre et en janvier. En général, elle est aromatisée à la fleur d’orange, à l’amande avec des variantes possibles.

Pour sa dégustation, on le coupe en autant de parts que de convives, en ajoutant quatre autres : pour le Christ, pour la vierge Marie, pour Saint Basile et pour le pauvre. Celui qui découvre la pièce obtient chance et bonheur tout au long de l’année.

Sur les îles et dans les régions côtières, on le décore souvent de branches d’olivier, symbole de paix et de fertilité.

« Vasilopita » par Alexander Baxevanis, CC BY 2.0

Nouvel An à l’Épiphanie : clôture d’un cycle

Le jour du Nouvel An, il est de coutume de bénir et jeter devant la porte une grenade pour favoriser prospérité, chance, fertilité et bonheur. En ce jour du 1er janvier, on déguste le célèbre Vassilopita en honorant Saint-Basile qui dépose les cadeaux la nuit du 31 décembre contrairement à la coutume du 24 décembre en Europe de l’Ouest. Le 6 janvier, jour de l’Épiphanie, la cérémonie orthodoxe de la Croix et de la bénédiction des eaux a lieu pour rendre hommage à l’arrivée de Jésus et au baptême du messie par Saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain.

La traditionnelle galette des rois est remplacée en Grèce par la Vassilopita, généralement dégustée le premier jour de l’an.

Le 6 janvier marque la fin des douze jours de Noël. En ce jour de la cérémonie de la Croix et à la bénédiction des eaux, le pape bénit les eaux de la mer et y jette une croix. La gente masculine plonge pour récupérer la croix ; celui qui le trouve est béni, protégé par la chance et la prospérité toute l’année. C’est la Ta Fota. La bénédiction des eaux de l’Epiphanie protège des Kallikantzaroi qui repartent sous terre… La journée se rythme entre pratiques religieuses et repas en famille.

La Douzaine, symbole du partage

L’esprit de Noël grec, à travers Saint-Basile, nous rappelle l’importance du partage et de la transmission des traditions avec une tendance du retour à l’essentiel, notamment par la recrudescence des karavákia. Entretenir une ambiance chaleureuse à travers la gastronomie, les traditions de bonheur et prospérité est indispensable. Cette période de la Douzaine du 24 décembre au 6 janvier, nous donne une vue d’ensemble de l’identité unique de la Grèce.

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