Réactiver nos villes

, par Sport et Citoyenneté

Réactiver nos villes
Image : Pixabay.

La crise sanitaire du Covid-19 a remis la question du mouvement au cœur des discours publics et privés. Largement reléguée à l’arrière-plan d’un discours sportif public souvent réduit à la compétition et à la performance, l’activité physique semble être redevenue une question essentielle. Au cœur de la réponse, l’accent doit être mis sur la proximité. Avec les villes en tête de réseau. Plusieurs d’entre elles ont déjà avancé des pistes de réflexion. Derrière les tâtonnements gouvernementaux, la gouvernance municipale s’organise.

L’activité physique en déclin

La sédentarité est désormais reconnue comme un problème majeur de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’elle est le quatrième facteur de risque pour la mortalité globale, et qu’elle est responsable de 6% des décès dans le monde, soit environ 3,2 millions de décès par an. Aussi, l’urgence de lutter contre le manque d’activité physique et les comportements sédentaires peut difficilement être sous-estimée. La crise actuelle a largement mis en lumière notre besoin élémentaire de bouger.

Ainsi, États membres de l’Union européenne et organisations internationales se sont tour à tour dotés de plans, lignes directrices et de recommandations en faveur de modes de vie plus sains. Mais la tendance reste à la stagnation, voire à la baisse de l’activité physique sur la dernière décennie.

Étrangement, les autorités locales ont, semble-t-il, été oubliées dans ce tour de table. Si les injonctions qui pèsent sur les maires sont déjà nombreuses, elles ne doivent pas écarter l’importance d’intégrer l’activité physique comme moteur du développement local.

La gouvernance locale comme point d’ancrage

Aussi la période actuelle invite à repenser beaucoup de nos certitudes et habitudes sur le long terme. Parmi celles-ci, l’encadrement des déplacements et la mise « en limite » des corps.

Pour répondre à ce défi, le concept de « ville active » doit être mobilisé en ce qu’il invite à prioriser l’activité physique comme matrice de développement de nos politiques locales. Une approche holistique qui recoupe les notions d’« environnements actifs » : écoles actives, entreprises actives, mobilité active, etc… Les interventions tournées vers l’activité physique dans l’espace urbain progressent. Plusieurs grandes villes (Nantes, Paris, Montpellier, Rennes) ont déjà pris le pli de l’activité physique comme marqueur important de leur stratégie. Sous-tendu par l’idée du sport comme « organisateur des territorialités urbaines » [1].

Cependant, malgré quelques initiatives internationales et européennes prometteuses, il faudra faire preuve de pédagogie pour faire pénétrer le message : encore trop peu d’élus sont sensibles à l’impact de l’inactivité physique sur leur territoire. On peut s’en étonner. Et au risque d’énoncer une évidence, la résolution des problèmes publics passe d’abord par leur identification. Comprendre le mur de l’inactivité physique est donc une première étape essentielle pour organiser le bien-être individuel et collectif.

Parmi les solutions avancées, « le vélo offre une alternative soutenable au « toujours plus » et montre la voie du « mieux » : mieux de transport, de proximité, d’autonomie, de santé, de bien-être, de justice sociale ». Avec le trafic motorisé réduit depuis plusieurs semaines et le début du confinement, des projets d’aménagements cyclables temporaires ont vu le jour. Des mises en place souvent simples et rapides qui permettent de réorganiser l’espace public et la notion de mouvement en faveur des déplacements actifs. Mais pour combien de temps ? Il s’agira demain de normaliser des comportements jusqu’ici réservés à une minorité convaincue.

Par ailleurs, la problématique de l’adéquation aux besoins sociaux devra être abordée, là où elle a été « progressivement occultée par des objectifs économiques ». Avec comme fil rouge, la concertation et l’engagement citoyen. La capacité d’une société à garder la maîtrise de son avenir est mise à l’épreuve en période de crise : c’est en aménageant et en adaptant son espace pour tous qu’elle peut être réalisée.

Derrière les incantations, le réalisme impose de reconnaître qu’il est vraisemblable que nos villes et communes ressortiront affaiblies de la crise actuelle. Et que les priorités devraient très logiquement se tourner vers la délivrance de services publics de base. Parce qu’il est un élément structurant de notre territoire et de notre vie sociale locale, le sport ne peut servir de variable d’ajustement. Dans un moment où les maires ont engrangé un capital politique et de confiance auprès de citoyens, ils sont certainement les mieux à même d’engager ces derniers vers un nouveau mode de relation avec leur corps, leur activité physique, leur rapport à l’environnement et les espaces de la cité.

Si le doute entoure beaucoup de nos choix et capacités à agir aujourd’hui, une chose est sûre : nos corps sont conçus pour bouger, nos villes devraient l’être aussi.

Maxime Leblanc, Directeur des affaires européennes, Think tank Sport et Citoyenneté

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