Strasbourg fête son Palais universitaire

, par Hervé Moritz

Strasbourg fête son Palais universitaire
Le Palais universitaire, inauguré en octobre 1884, marque l’entrée du campus historique de l’Université de Strasbourg. - Jonathan Martz

Alors que la capitale européenne fête en 2014-2015 le millénaire des fondations de sa cathédrale, un autre bâtiment de la ville, qui accueille depuis 1884, les facultés d’arts, de sciences historiques et de théologie, célèbre les 130 ans de son inauguration : le Palais universitaire.

La pièce maîtresse du campus strasbourgeois

C’est dans le quartier de la Neustadt, que les étudiants strasbourgeois découvrent le campus historique, un campus imaginé par Hermann Eggert dès 1875 et dont la pièce maîtresse est le Palais universitaire. L’Alsace-Lorraine, annexée au nouveau Reich allemand dès 1871, et en particulier Strasbourg se parent de nouvelles constructions, vitrines du nouvel Empire allemand. En avril 1872, une nouvelle université est fondée à Strasbourg, la Kaiser-Wilhelms-Universität, sur les fondements de l’ancienne université, fondée en 1539 par Jean Sturm. Cette nouvelle université a besoin de locaux à la hauteur du prestige que veut lui attribuer l’empereur Guillaume, qui souhaite faire de Strasbourg, une vitrine du génie allemand. Inauguré les 26, 27 et 28 octobre 1884 en présence de l’empereur, le Palais universitaire, un projet du jeune architecte Otto Warth, rend hommage à l’architecture italienne de la Renaissance, et à travers cela, aux humanités, qui y sont enseignées. Un panthéon de 36 savants, dont Sturm, Leibniz, Kant ou Schoepflin, couronnent l’édifice. Y est apposée la dédicace Litteris et patriae en lettre d’or, une diversion pour éviter d’apposer le nom de l’empereur sur le fronton du palais, et ainsi éviter de marteler le rattachement au Reich de la nouvelle province.

Le joyau de la Neustadt

Situé entre le centre-ville historique autour de la cathédrale et le quartier des institutions européennes, la Neustadt, le quartier allemand qui voit le jour dans le années 1880, est l’un des derniers exemples d’architecture allemande de cette époque. En cours de classement par l’UNESCO, le quartier se refait peu à peu une beauté. Le Palais universitaire, qui en est l’un des joyaux, dialogue ainsi avec le palais du Rhin, le palais de l’empereur, qui abrite depuis 1920, la Commission centrale pour la navigation sur le Rhin, première organisation internationale du monde, fondé lors du Congrès de Vienne en 1815 et garantissant la liberté de navigation sur le Rhin.

Le palais du Rhin accueille aujourd’hui encore la Commission centrale pour la navigation sur le Rhin. - Hervé Moritz

Autres perles de la Neustadt, la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, dont le précieux fond germanique s’est constitué d’abord grâce à l’appel aux dons lancé en Allemagne à la suite de la destruction de la bibliothèque de la ville en 1870. Elle rouvrira ses portes aux curieux et aux universitaires à l’automne après plusieurs années de travaux de restauration et de modernisation. L’hôtel des postes est également l’un des trésors du quartier, exemple emblématique du néo-gothique allemand.

Au cœur des guerres, au cœur de l’Europe

L’Université de Strasbourg évolue ensuite au grès des guerres et des revendications territoriales au XXe siècle. Après la Première Guerre mondiale, dès décembre 1918, les universitaires allemands sont expulsés et les professeurs français reprennent le flambeau : l’université doit à présent montrer le prestige de la France républicaine, vainqueur de l’Empire allemand. Ancré en Europe de l’Ouest, l’université est d’ores et déjà un grand centre européen, accueillant parmi ses étudiants, un cinquième d’étrangers en 1924. En 1939, l’Université de Strasbourg est évacuée à Clermont-Ferrand avec les personnels et les étudiants qui le désirent. A la signature de l’armistice, elle entre en résistance en refusant de revenir en Alsace. Une Reichuniversität à la botte du IIIe Reich investit alors les lieux et l Palais universitaire accueille les fastueuses cérémonies d’inauguration en novembre 1941. Les étudiants et universitaires strasbourgeois commémorent encore aujourd’hui la rafle de Clermont-Ferrand en 1943, lors de laquelle enseignants et personnels de l’université de Strasbourg résistante ont torturés et exécutés. Plus tard, en 1944, c’est au tour de l’historien Marc Bloch, résistant, juif et fondateur à Strasbourg de l’école des Annales, et dont l’aula du Palais universitaire porte à présent le nom. Libérée en nombre 1944, la rentrée de l’année 1945 a lieu sous le haut patronage du général de Gaulle. Le Palais universitaire en 1949 voit naître le Conseil de l’Europe, en présence de Churchill, accueillant le 10 août sa première assemblée parlementaire. Une vocation européenne que l’université revendique fièrement, accueillant plus de 8000 étudiants étrangers, soit 19,8% du total d’étudiants, et que François Hollande a tenu à souligner l’année passée lors de sa visite à Strasbourg.

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