Une majorité de Français se sent mal informée sur l’Europe, et le regrette

, par Théo Boucart

Une majorité de Français se sent mal informée sur l'Europe, et le regrette
Session plénière du Parlement européen à Strasbourg. Source : Flickr

EXCLUSIF. Dans le cadre du projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique, le Mouvement Européen et d’autres associations, dont les Jeunes Européens – France, ont réalisé un sondage pour mesurer le niveau d’information des Français sur l’UE. Si le constat est très inquiétant, une donnée suscite de l’espoir.

Si vous êtes un militant pro-européen acharné, les résultats du sondage de l’institut Viavoice pourraient vous déprimer. L’étude menée début février (sur un échantillon représentatif de 1000 personnes) pour le Mouvement Européen, en collaboration avec les Jeunes Européens – France, la Fédération française des Maisons de l’Europe et Européens sans frontières, a montré un niveau alarmant de connaissances des citoyens français sur les questions européennes.

Les principaux enseignements de ce sondage sont sans équivoque : malgré une participation en forte hausse lors des dernières élections européennes, seul un tiers des sondés (33%) se sent « bien informé sur les questions européennes », et 3% « très bien informés ». Plus de 4 sondés sur 10 (42%) considèrent qu’ils sont « plutôt mal informés » et 13% « très mal informés ». 9% ne se prononcent pas.

En regardant plus en détails, on s’aperçoit de plusieurs choses : les 65 ans et plus se sentent les mieux informés (45%), tandis que la tranche 35-49 ans l’est beaucoup moins (29%). Les jeunes adultes (18-24 ans) ne font pas beaucoup mieux (35%). Sans surprise, ce sont les cadres et les professions libérales (49%) qui s’estiment le mieux au courant, à égalité avec les agriculteurs (49%) et les retraités (46%), alors que les ouvriers (32%), les professions intermédiaires et les employés (28%) et les demandeurs d’emplois (26%) ferment la marche. Concernant l’affiliation partisane, la surprise vient des sympathisants d’Europe Ecologie Les Verts, où seulement 34% d’entre eux estiment leur niveau d’information bon, très loin derrière les sympathisants de La République En Marche (60%) et du Parti Socialiste (52%). Les sympathisants du Rassemblement National ferment la marche, avec 33%.

Couverture médiatique insuffisante

Une explication semble se dégager pour comprendre ce faible niveau de connaissances, et elle n’est pas étonnante : 48% des sondés estiment qu’une raison à leur manque d’information est la faible médiatisation des sujets européens. Si nombre d’entre eux ont souligné la ponctualité de l’exposition médiatique des sujets européens, l’omniprésence du Brexit est également relevée. Reste à savoir si la sortie du Royaume-Uni de l’UE va créer un appel d’air en faveur de la médiatisation des sujets européens.

Ce constat est à lier à une autre enquête réalisée en mars 2019 par le Mouvement Européen qui avait souligné l’absence abyssale des thématiques européennes dans les journaux télévisés des principales chaînes françaises. Ceux-ci ne représentent ainsi que 3% des JT. Un lien peut être fait entre médiatisation de l’UE et participation électorale aux élections européennes. Un sondage mené par l’IFOP pour les Jeunes Européens – France avait montré le très faible niveau de participation estimé des jeunes de 18 à 25 ans.

Actualité européenne franco-centrée

Le sondage de ViaVoice montre en outre que lorsque l’Europe est traitée dans les médias français, un angle très franco-français est adopté. En d’autres termes, les enjeux européens ne sont expliqués que via l’impact qu’ils peuvent avoir sur notre pays.

Le constat est particulièrement frappant concernant la notoriété des décideurs européens. Le « trio présidentiel » (à la tête de la Commission, du Conseil et du Parlement européens) est particulièrement inconnu en France, même de nom. Ainsi, 67% des sondés ne connaissent pas Ursula von der Leyen, alors que 16% connaissent son nom, et 10% savent qu’elle est présidente de la Commission européenne. 76% des sondés ne connaissent pas Charles Michel, le président du Conseil européen, contre 13% affirmant le connaître de nom, et 4% pouvant nommer sa fonction. Enfin, la palme de la « méconnaissance » revient à David Sassoli, le président du Parlement européen : 84% ne le connaissent pas, 7% le connaissent de nom, et 2% connaissent sa fonction.

Sans surprise, les personnalités françaises sont bien mieux connues, mais là encore, beaucoup de sondés ne les connaissent pas bien. 56% d’entre eux connaissent Michel Barnier (dont 22% savent qu’il est le négociateur de l’UE chargé du Brexit), mais 39% ne le connaissent pas. Thierry Breton ne fait pas mieux, 47% des sondés affirmant ne pas le connaître. Une proportion égale soutient le contraire, mais seuls 12% savent qu’il est commissaire européen au Marché intérieur.

Alors que la grande majorité des décideurs européens sont peu ou mal connus, c’est la question de l’incarnation de l’Union européenne et de sa démocratie qui se pose.

Un intérêt réel pour les questions européennes, notamment chez les jeunes !

Au milieu de ses chiffres bien moroses, un résultat apparaît très positif : 72% des sondés souhaitent être mieux informés sur l’Europe (dont 17% qui le veulent absolument). Seuls 28% souhaitent l’inverse, dont 17% qui ne le veulent pas du tout. Cette donnée montre que la faible médiatisation de l’Europe va à l’encontre du souhait d’une grande majorité des Français.

Les jeunes de 18 à 24 ans (79%) et les personnes âgées de 65 ans et plus (81%) sont les plus demandeurs à ce sujet. Du côté des professions, 100% des agriculteurs interrogés souhaitent être mieux informés, suivis des cadres et des professions libérales (81%), des retraités (77%) et des CSP+ (76%). A l’inverse, « seuls » 65% des ouvriers aimeraient mieux connaître l’actualité européenne. Concernant les affiliations politiques, 86% des sympathisants du Parti Socialiste et 84% d’Europe Ecologie les Verts souhaitent jouir d’une meilleure connaissance des enjeux européens, suivis des partis de la majorité présidentielle (81%), du Rassemblement National (80%) et de la France Insoumise (74%).

Ces données semblent montrer une corrélation entre le degré de connaissances des enjeux européens et la volonté d’en savoir encore plus : plus une catégorie statistique de la population est informée, plus elle désire approfondir ses connaissances.

Concernant le type de médias, 61% des sondés privilégient la télévision pour s’informer, 34% la presse sur internet, 24% la radio, 20% la presse quotidienne nationale, 16% les réseaux sociaux et 12% la presse quotidienne régionale. Une européanisation des journaux et programmes télévisés apparaît alors absolument essentielle.

Le Taurillon, en première ligne pour informer sur l’Europe

Maintenant que le constat est posé, comment peut-on remédier à l’absence des thématiques européennes dans le paysage médiatique français ? Il existe deux pistes de réflexion proposées par les militants européens. La première insiste sur l’européanisation des médias français, en proposant une rubrique « Europe » bien plus fournie et un angle d’analyse moins franco-français.

La seconde préconise d’aller encore plus loin en créant et promouvant des médias spécialistes des questions européennes, pour participer à la création d’un espace public transnational et pour permettre une meilleure connaissance de l’ensemble des enjeux européens. Le Taurillon, magazine eurocitoyen rattaché aux Jeunes Européens – France contribue modestement à cette nécessaire mission. Depuis sa création en 2005 (à l’issue du résultat du référendum sur le projet de constitution européenne), nous avons publié plus de 12500 articles, en français, anglais, allemand, italien, espagnol, polonais, et dans bien d’autres langues. Nous sommes à ce titre l’un des magazines en ligne traitant exclusivement des affaires européennes les plus importants, avec en moyenne 170000 visites uniques mensuelles, et plus de 2 millions annuelles.

Alors que le gouvernement souhaite réformer l’audiovisuel français, nous appelons les décideurs politiques à encourager une européanisation des médias, afin que tous les citoyens puissent mieux connaître l’UE et les projets qu’elle porte.

Pour consulter la totalité de l’étude de Viavoice, veuillez cliquer ici

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