
Similarités
Commençons par le plus évident : aux USA comme dans une bonne partie de l’Europe, les citoyens utilisent une seule et même monnaie, identique à celle des États voisins. Les frontières entre les États sont également complètement ouvertes à l’intérieur de l’Union [1] . Tout comme en Europe, aux USA, un certain nombre de domaines restent de la compétence des États : code de la route, certaines taxes, protection sociale, salaire minimum, certains domaines de justice (les législations sur les mariages, les drogues ou le port d’armes par exemple), etc. Des procédures d’opt-out existent également pour certaines législations au niveau fédéral (par exemple, des opt-out pourraient exister pour certaines parties de la réforme du système de santé voulu par Barack Obama). Au niveau politique, certaines formations réclament plus d’indépendance des États par rapport au gouvernement fédéral, au contraire, d’autres tendances souhaitent plus de contrôle par l’Union. Les gouverneurs, sénateurs, et autres élus locaux dans les États des USA gardent en effet une grande importance dans la vie quotidienne.
Différences
Les différences historiques sont évidentes : les États-Unis d’Amérique sont nés il y a plus de 200 ans, d’une volonté des colonies britanniques de se libérer de la Couronne. L’Europe quant à elle se construit depuis moins d’un siècle, petit à petit, bloc après bloc (d’abord par le charbon et l’acier, ensuite par un espace économique, etc.) Ce qu’il manque encore à l’Europe pour unir tous ses citoyens, c’est bien l’élection au suffrage universel d’un Président. On l’a vu en 2008, l’élection du Président américain a rassemblé tous les Américains – et ceci même si le pouvoir de celui-ci reste assez limité dans les faits. Dans l’Union européenne, par contre, les élections parlementaires sont marquées par un taux de participation en baisse. Les euroenthousiastes réclament d’ailleurs des partis politiques des listes transnationales, et la proposition d’un candidat à la présidence de la Commission lors de la campagne parlementaire, afin de mieux politiser le débat.
Une autre différence fondamentale entre les USA et l’UE est la langue : même si la pluralité des accents (parfois différents au point d’être quasi incompréhensibles l’un pour l’autre) est réelle, la langue anglaise est la norme aux USA. S’ensuit une présence des médias sur tous le territoire américain, chose qui n’existe pas en Europe où coexistent 23 langues officielles [2]. Le lien des citoyens en général et des politiques en particulier aux « Founding Fathers » est également très différent : aux USA, il est courant, dans les discussions politiques, d’y faire référence ; alors que dans l’UE, peu de citoyens connaissent même les noms des fondateurs de l’Europe, et encore moins les principes qui les ont guidé. Enfin, le citoyen américain se sent totalement américain, tandis qu’à l’opposé, l’Européen se réclamera d’abord (voire uniquement) de son État d’origine.
L’Europe doit-elle prendre modèle sur les États-Unis d’Amérique ?
Probablement pas : les similarités existent, mais ce n’est pas simplement en copiant les USA que nous ferons avancer l’Europe. Par contre, il est intéressant de regarder dans le détail ces différences ; et pourquoi pas y reprendre quelques idées. Comme mentionné ci-dessus, donner une dimension européenne aux élections des eurodéputés, avec des listes transnationales et un candidat désigné pour la présidence de la Commission, pourrait rassembler les électeurs autour de sujets réellement européens, et donner plus de substance politique à l’Europe. De même, l’histoire de la construction européenne et les principes qui l’ont guidée restent trop mal connus, ce qui nuit au sentiment européen. Une meilleure présence sur la scène internationale, avec des positions communes et des réponses coordonnées entre les États membres, pourrait également rassembler tous les Européens ; c’est cette idée qui a guidé la création du poste de Haut Représentant à la Politique Extérieure, occupé depuis décembre 2009 par Mme Catherine Ashton, mais nous sommes encore loin d’avoir réussi cela. Enfin, il est important, même primordial, de garder la diversité culturelle et linguistique de l’Europe. Cette richesse doit être conservée, mais nous devons pousser à une plus grande compréhension entre les États membres – pas seulement linguistique, mais aussi culturelle.




