Royaume-Uni

Goodbye, Tony

L’état de la Grande-Bretagne s’est-il amélioré sous l’impulsion du gouvernement Blair ?

, par Traduit par Louise Ferry, Guy Bromley

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Goodbye, Tony

Dans la course aux élections parlementaires de 1997, celui qui allait devenir le plus jeune Premier ministre britannique depuis 1812 concentrait tous les espoirs. Beaucoup pensaient qu’il moderniserait la Grande-Bretagne : il améliorerait les services publics d’un pays resté à la traîne par rapport à ses voisins du continent, il mettrait un terme aux clivages sociaux renforcés par dix-huit ans de gouvernement conservateur, et un nouveau courant, plus internationaliste, la ferait entrer avec confiance dans le 21e siècle.

Sur le plan national

Si Blair paraît bien ancré dans le paysage politique britannique, il est clair qu’il n’occuperait pas une telle position et que le parti travailliste ne suivrait pas les mêmes orientations s’il n’avait pas lui-même provoqué des chocs importants dans la politique britannique. Tous les scrutins de l’Election générale de 1992 annonçaient une victoire du Labour. Le pays était alors meurtri par une grave récession et les Conservateurs souffraient d’un manque conséquent de popularité, du fait, notamment, de leur volonté d’introduire un système d’impôt local régressif, qui provoqua, à la grande surprise des légalistes, des révoltes de masse et des boycotts de l’impôt.

Le Labour ne remporta pas l’élection pour autant, et Neil Kinnock (dont la femme, Glenys, est actuellement députée au Parlement européen) céda son statut de leader à John Smith. Bien que ce dernier ait alors entrepris de réformer le Labour, ce ne fut pas avant 1994, date à laquelle il mourut d’une crise cardiaque et à laquelle Tony Blair lui succéda à la tête du Parti, que les plus grands changements commencèrent à se produire.

L’un des plus importants fut le moment où, en avril 1995, suivant les recommandations de Blair, un congrès spécial du Parti travailliste approuva la suppression de la clause relative à la mise en commun des moyens de production et la remplaça par une référence à un « socialisme démocratique ».

Et quid des relations avec l’Europe ?

L’avant-propos de Blair au Manifeste du Parti de 1997 contenait les dix objectifs que le Premier ministre souhaitait atteindre en priorité, le dernier étant le suivant : « Nous donnerons à la Grande-Bretagne le leadership européen dont la Grande-Bretagne et l’Europe ont besoin ». Tony Blair est un homme doté de fortes convictions européennes, mais est-il parvenu à les concilier avec son penchant atlantiste ?

L’Euro

Blair a toujours affiché sa volonté de faire adopter la monnaie commune à la Grande-Bretagne, mais il semblerait que les « cinq tests économiques » de son successeur, Gordon Brown, qui était alors son principal opposant politique, aient eu raison de ce projet. Au début de son premier mandat, Blair a profité d’un taux de popularité avoisinant les 75% - une époque à laquelle un référendum sur l’Euro aurait facilement pu être gagné. Blair affirme souvent regretter ne pas être allé assez loin au cours de son premier mandat pour améliorer les services publics, mais l’un de ses échecs politiques majeurs réside davantage dans le fait qu’il n’a pas été capable de donner à son pays un leadership positif en Europe, en particulier en ce qui concerne l’Euro. En omettant de se prononcer publiquement, dès le départ, en faveur de la monnaie commune, il a permis à la presse eurosceptique de prendre de l’avance sur le sujet ; presse que Blair a d’ailleurs fini par apaiser en affirmant son rejet de la Constitution européenne.

Alliances profanes

Le fait que Blair, leader d’un gouvernement social-démocrate, ait entretenu une relation étroite avec le Président démocrate américain Bill Clinton n’est pas surprenant. En revanche, que cette relation se soit prolongée avec le maladroit George Bush ne va pas de soi. Les engagements internationaux britanniques n’ont pourtant jamais été aussi liés à ceux des Etats-Unis que sous le dernier mandat de Tony Blair, et le Premier ministre britannique a préféré cultiver des relations personnelles avec les leaders européens de droite, tels que Berlusconi et Aznar, plutôt qu’avec des alliés naturels comme Schröder et Zapatero. La décision de Blair d’entrer en guerre contre l’Irak a été, à n’en pas douter, un facteur décisif dans l’isolement du pays, dans une Union européenne (UE) dominée par le couple franco-allemand.

Conclusion

Blair n’a peut-être pas réussi à placer la Grande-Bretagne au centre de l’UE, mais la Grande-Bretagne est devenue beaucoup plus européenne, car plus tolérante et plus humaine. Les dépenses pour l’éducation, la santé et les transports ont plus que doublé, la pauvreté infantile est au plus bas et le fossé entre les plus riches et les plus pauvres a diminué. Bien que la bonne santé de l’économie britannique, 4e dans l’UE au début des années 1990 et aujourd’hui 2e, ait permis d’accroître fortement les dépenses publiques, les impôts ont également augmenté, et les sondages d’opinion montrent que le peuple britannique ne considère plus le fait de payer de faibles impôts comme un gage de mieux-être social. Blair s’est également préoccupé du moral de la Grande-Bretagne – nous sommes aujourd’hui une nation bien plus optimiste qu’avant son arrivée sur le devant de la scène politique.

Tony Blair termine ses dix ans de pouvoir en Premier ministre impopulaire, et l’impasse de la guerre en Irak apparaît pour beaucoup comme son seul héritage. La Grande-Bretagne ne fait toujours pas partie du noyau dur de l’UE, et cette situation ne semble pas prêt d’évoluer. Néanmoins, Tony Blair a été un Premier ministre modernisateur pour la Grande-Bretagne : il manquera davantage que ce qu’on peut aujourd’hui croire.

Illustration : Tony Blair at King’s College London, source : Flickr

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Vos commentaires

  • Le 20 juillet 2007 à 15:44, par Joke En réponse à : Goodbye, Tony

    Je crois qu’en France le côté négatif de Tony Blair - la guerre en Iraq - est perçu en parrallèle avec le côté positif de Jacques Chirac - le refus de la guerre en Iraq. Mais Tony Blair et Jacques Chirac ne sont pas seulement « la guerre en Iraq ».

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